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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 16:18

SAINT MARTIN, Evêque de Tours

 

400.    – Pape : saint Anastase. – Empereur d’Occident : Honorius

 

Martin a vu et compris la vanité des idoles, et il s’est fait chrétien ; l’horreur de les suites déplorables du péché, et il l’a chassé de sou cœur. En possession de la vérité et de la grâce du Seigneur, il a veillé toute sa vie sur ces précieux trésors, et n’a cessé de puiser dans la prière la force de les défendre.             ( éloge du Saint)

 

   

S

aint Martin naquit à Sabarie, aujourd’hui Steinamanger, en Hongrie. Son père, qui était tribun militaire, alla se fixer à Ticinum, (aujourd’hui Pavie), où il mena Martin encore enfant, afin de lui procurer une éducation plus convenable et plus soignée. De vieilles légendes composent à notre Saint une généalogie et lui donnent même une extraction royale : c’était comme une guirlande que le moyen âge croyait nécessaire pour orner son berceau. Quoi qu’il en soit, sa gloire n’a pas besoin d’aïeux, et, quelle qu’ait pu être sa noblesse de ses ancêtres, il fut plus noble qu’eux, car il méprisa les rites sacrilèges auxquels son père était asservi. En effet, bien jeune encore, malgré les préjugés, l’influence et même les persécutions de la famille, malgré l’atmosphère païenne dans laquelle il vivait, cet enfant extraordinaire semblait annoncer ce qu’il serait un jour. Comme s’il eût été naturellement chrétien, il ne se plaisait que dans l’assemblée des fidèles et se dérobait à la vie de ses parents pour aller à l’église prier et s’instruire. A dix ans, il sollicitât et obtient la faveur d’être admis au nombre des catéchumènes. Deux ans après, prévenue de la grâce, nourrie des enseignements que recevaient les aspirants au baptême, secondée d’une âme forte, ardente, méditative, qui se sentait étrangère dans la maison paternelle et dans le monde, sa jeune et naïve piété, devançant l’âge des grandes choses, aspirant de prime abord à la perfection, faillit le pousser prématurément au désert.

 

A

insi déjà s’annonçait une vocation sublime, ainsi se révélait en lui une de ces natures d’élite, élevées et contemplatives, qui se sentant à l’étroit dans la sphère terrestre et planant bien qu’au dessus des mille petites choses d’ici-bas, semblent oublier qu’elles sont encore assujetties à la vie mortelle pour ne rêver que du ciel ; comme si, à la hauteur où Dieu  les a placées, elles ne pouvaient se nourrir que de pensées et d’affections surnaturelles, d’immortelles espérances, de charité, de dévouement, de sacrifices, de vertus presque surhumaines. Cependant le jeune catéchumène se crut obligé pour le moment de lutter contre son attrait et attendit encore quelques années avant de satisfaire ce besoin si précoce qui l’appelait hors du monde. Ne fallait-il pas au moins qu’il fût sorti de la première enfance ? enfin il atteignit sa quinzième année, et alors sans doute il se promettait bien de pouvoir réaliser son projet. Dieu qui avait ses vues en disposa autrement.

 

 

Un édit de l’empereur appela sous les drapeaux les fils de vétérans ( héritiers des franchises paternelles, les fils des vétérans héritaient en même temps du métier des armes. Ils étaient soldats par naissance, dit la loi romaine. C’est à ce titre que saint Martin fut enrôlé dès sa jeunesse et combattit dans les ailes de scholaires, sous Constance et le césar Jules Constant.) âgé de 17 ans. Son  père, furieux de voir que ses goûts semblaient l’éloigner de la profession des armes comme du culte idolâtrique, voulut l’y engager malgré lui, et avant le temps le dénonça aux agents impériaux et parvint à le faire admettre, nonobstant son âge que peut-être il dissimula, parmi les nouvelles recrues. Martin dut obéir, et il le fit sans murmurer, adorant avec amour et confiance la main providentielle qui ne dispose jamais les événements humains que pour le bien des élus. Il prêta le serment 

militaire, et revêtu de la chlamyde ou manteau de laine blanche de forme ovale, il partit avec un cheval et un serviteur, fut incorporé dans les légions de l’empire et alla servir dans ce beau pays des Gaules qu’il avait évangéliser un jour, après en avoir protégé les frontières avec sa jeune épée.

Le voilà donc à quinze ans lancé inopinément et avant même d’avoir reçu le baptême, au Milieu du tumulte des armes, de la dissipation  et de la licence des camps. Que cette carrière était différente de celle vers laquelle se portaient toutes les aspirations de con cœur ! Mais au moins, le pauvre enfant, sans secours et sans appui conservera-t-il dans ce milieu si délétère, la piété, la vertu ordinairement bien frêle à cet âge ?

                        Dieu qui le destinait à être plus tard le modèle des solitaires, des évêques et des apôtres voulut auparavant montrer dans sa personne aux jeunes militaires que l’âme la plus pure peut se conserver intacte sous les armes ; qu’une foi solide et pieuse s’allie admirablement avec le courage d’un héros ; que le vrai chrétien et le vrai soldat son frère, qu’ils peuvent se comprendre à merveille, qu’ils se ressemblent par l’esprit de sacrifice et de dévouement qui est commun à l’un et à l’autre, qui fait en quelque sorte leur vie et constitue l’essence de leur être. En récompense des saints désirs et des efforts généreux de Martin, il protégea donc dans l’armée son adolescence assiégée de mille périls, comme sous le toit paternel il avait protégé son enfance contre les séduction de l’idolâtrie, malgré l’influence presque irrésistible de l’éducation et des exemples domestiques. Aussi le vice ne put approcher de celui que les vertus chrétiennes unies aux vertus guerrières  


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entouraient d’une garde d’honneur, couvraient d’un double et invincible rempart. Exacte à tous ses devoirs, plutôt sans doute par conscience que par goût pour l’état militaire, doux et affable dans le commerce de la vie autant que brave sur le champ de bataille, il gagna bientôt l’estime et l’affection de ses camarades et de ses chefs. En lui se faisaient remarquer toutes les plus belles, toutes les plus nobles qualités du cœur ; mais l’humilité et la charité, ces deux aimables sœurs, filles de l’Evangile et mères de toutes les autres vertus, semblaient lui être particulièrement chères. Au lieu d’avoir, comme les autres, plusieurs hommes à ses ordres, il se contentait d’un seul serviteur, et encore le traitait-il comme son étal devant Dieu, lui épargnant toute la peine qu’il pouvait et même lui rendant au besoin  les plus humbles services. Chose admirable et inouïe, si l’on songe à quel mépris étaient voués, à quels traitements étaient soumis les malheureux esclaves par ceux qui n’avaient pas encore appris du christianisme que tous les hommes sont frères ! sa solde presque tout entière passait entre les mains des pauvres ; il ne s’en  réservait que le strict nécessaire, et souvent même il oublia de s’en rien réserver.

                        Un jour qu’il était en marche par un hiver si rigoureux que plusieurs personnes moururent de froid, il rencontra aux portes d’Amiens, sur la voie d’Agrippa conduisant de Lyon à Boulogne, un pauvre presque nu qui demandait l’aumône aux passants. Voyant que les autres n’avaient pas même fait attention à ce malheureux, il pensa que Dieu le lui réservait. Mais que donnera-t-il ? Ce jour là il n’avait pas seulement une obole. La charité, qui ne sait point calculer, est ingénieuse pourtant et ne connaît pas l’impossible. Aussitôt se rappelant ces paroles du divin Maître : J’étais nu, et vous m’avez couvert : « Mon ami », dit-il au pauvre, « je n’ai que mes armes et mes vêtements ; partageons ceux-ci. Tiens, voilà ta part ». A peine achevait-il ces mots que déjà il avait fendu avec son épée sa chlamyde en deux et en avait jeté la moitié au mendiant transi de froid. La nuit suivante, il vit dans un songe miraculeux Notre-Seigneur Jésus Christ couvert de cette moitié de manteau et disant à une troupe d’anges rangés autour de lui :  « Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a revêtu de cet habit ». le jeune militaire n’avait pas dix-huit ans lorsqu’il fit cet acte de charité si généreux, si rapide, si spontané, qui révélait toute son âme. On voit ce trait immortel gravé sur une ancienne médaille trouvée à Autun : tant étaient profondes les traces, tant était vivace et cher le souvenir que Martin avait laissés dans cette ville où nous le suivrons bientôt.  

                        Quelque temps après, il reçut le baptême, après avoir passé par toutes les épreuves des compétents ou postulants, et nourrissant toujours son grand projet de ne vivre que pour Dieu, il pensa dès lors sérieusement à sa retraite. Cependant, à la prière d’un officier supérieur, son ami qui lui promettait de se retirer en même temps que lui pour se consacrer pareillement à Dieu, il consentit à rester encore deux ans sous les drapeaux. Mais ses pensées étaient ailleurs, et plus que jamais son âme vivait dans une sphère plus élevée. Enfin le moment arriva où il put échapper à la triste nécessité de verser le sang humain et entrer dans la voie plus parfaite à laquelle il se sentait appelé par la divine Providence. Les Germains ayant fait irruption sur les terres de l’empire (en336) ; ont réunis les troupes dispersées dans leurs cantonnement, et avant de les mener à l’ennemi on leur fit les largesses ordinaires en pareil cas. Martin, décidé à quitter l’armée, eut la remarquable délicatesse de refuser une récompense qui, selon lui, supposait la continuation du service militaire, et profita de cette occasion pour demander son congé, disant qu’il ne pouvait accepter de gratification, parce que, décidé à entrer dans la milice de Jésus-Christ, il ne lui était pas permis de combattre. Comme on était à la veille de voir l’ennemi, cette demande fut naturellement regardée comme  preuve de lâcheté. L’âme généreuse de Martin, pleine de cette noble fierté digne d’un soldat de Rome, digne aussi d’un soldat de Jésus-Christ qui tient à conserver exempt de toute tache son nom de chrétien , ne put que se révolter à une pareille imputation. « Eh bien ! » dit-il, « puisqu’il en est ainsi, demain qu’on me mette au premier rang, sans armes ni offensives ni défensives. Je n’aurai donc à opposer à l’ennemi que le signe de la croix, et l’on verra si un chrétien a peur de la mort ». que se passa-t-il durent la nuit entre Dieu et son serviteur ? Nul mortel ne l’a su ; mais le lendemain, dès le point du jour, une députation des barbares venait au camp demander la paix. Alors Martin put prendre immédiatement son congé et se consacrer tout entier au service du divin Roi. Les fatigues et les périlleux hasards de la guerre n’avaient fait qu’affermir son courage, sans rien ôter à sa vertu, et tremper encore plus fortement sa grande âme.

 

                        Quand il se vit enfin et pour la première fois en possession de cette liberté qu’il avait désirée uniquement pour en faire à Dieu le sacrifice, Martin, âgé alors d’environ vingt ans, alla d’abord trouver Maximin, évêque de Trèves, fit avec lui le voyage de Rome, et se rendit, après la mort de ce saint prélat (en348) chez saint Maixent, son frère, évêque Poitiers. Quelque temps après, Hilaire remplaçait Maixent sur le siège de cette ville, et Martin se trouva heureux d’être accepté comme son disciple. Le grand docteur eut bientôt reconnu le mérite extraordinaire du saint jeune homme et voulut l’attacher à son diocèse en l’ordonnant diacre. Martin refusa cet honneur dont il se croyait trop indigne et ne consentit  

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qu’à être fait exorciste. C’était comme une prophétie annonçant la guerre incessante que notre Saint fera contre les démons.  

                        Investi depuis peu de jours seulement du pouvoir de commander à ces esprits de ténèbres, le nouveau clerc, sur un avis du ciel et avec la permission de son illustre maître, fit un voyage que lui commandant le zèle autant que la piété filiale. Plein d’une sollicitude affectueuse et chrétienne pour ses parents qu’il avait laissés dans les ténèbres du paganisme, il voulait les voir une dernière fois pour travailler à leur conversion. Sa vieille mère et plusieurs personnes du pays ouvrirent les yeux à la lumière et la foi. Mais cette consolation fut mêlée d’amertume : il eut la douleur, malgré toutes ses tendres et pieuses industries, d’échouer auprès de son père et le quitta bien triste, ne pouvant faire autre chose que prier pour lui. L’ancien et dur tribun l’avait reçu d’un air froid et sombre ; il avait pu pardonner à ce fils unique d’avoir renoncé à ses dieux, à sa profession, et trompé son ambition vulgaire. C’est pendant ce long voyage de Poitiers à Sabarie qu’en traversant les Alpes Martin tomba entre les mains d’une bande de voleurs. Déjà l’un d’eux  levait le bras sur lui, lorsqu’il fut soudainement arrêté par ses compagnons frappés de l’air noble,, intrépide et calme du voyageur. « qui es-tu donc », lui demandèrent-ils ?- « je suis chrétien », répondit notre Saint.- « n’as-tu donc pas peur ? »- « Non, un vrai chrétien n’a jamais peur, parce qu’il a la conscience tranquille et sait que Jésus-Christ est avec lui, à la vie à la mort. C’est vous qui, ayant tout à craindre et de la justice des hommes et surtout de la justice de Dieu, devez justement avoir peur ». Stupéfaits d’entendre de la bouche d’un voyageur désarmé, qui était à leur discrétion, des paroles si fermes et si nouvelles pour eux, dominés par une force secrète, par un irrésistible ascendant et enchaîné par l’admiration, ces hommes de sang et de pillage étaient étonnés d’eux-mêmes et ne pouvaient s’expliquer comment ils avaient pu trouver un vainqueur dans cet étranger sans défense, dont ils étaient bien résolus pourtant à faire la proie et la victime de leur cruelle rapacité. Celui-là même qui avait levé le bras sur Martin pour le frapper embrassa la religion chrétienne et même devint moine. Il se plaisait à raconter dans la suite le fait providentiel qui avait donné lieu à sa conversion. C’est aussi dans ce voyage que le démon apparut à Martin sous une forme humaine et chercha à l’effrayer par des menaces. Mais le Saint n’eut pas plus peur de lui que des brigands des Alpes ; et les deux ennemis se promirent bonne guerre. L’un et l’autre tinrent parole ; mais le génie du mal fut toujours contraint de fuir devant l’homme qui était armé de la force de Dieu même.  

                        Nourri des instruction et inspiré du zèle de saint Hilaire pour la foi de Nicée, l’exorciste de Poitiers, avant de revenir dans les Gaules, combattit vivement les Ariens en Illyrie. Maltraité publiquement et chassé par ces hérétiques, il passa en Italie. Là, il apprit que saint Hilaire venait d’être exilé pour la foi, et se retira à Milan. Alors réalisant pour la première fois le rêve de son enfance, notre saint se fit un petit monastère où il vécut avec quelques disciples, entre autres Maurilius, dont le père était gouverneur de la Gault cisalpine, et Gaudentius, qui devint depuis évêque de Novarre. Il jouissait en paix du bonheur de servir Dieu dans la retraite, lorsque l’évêque arien Auxence, apprenant qu’il y avait dans la ville un moine, ardent défenseur de la divinité du Verbe et disciple d’Hilaire, entre en fureur, l’accable d’injures et de coups et l’expulse ignominieusement. Exilé dans son exile même, que va devenir Martin ? Les Gaules n’ont point d’attrait pour lui : Hilairie n’y est plus. Il prend, avec un saint prêtre qui s’était attaché à lui, la résolution de quitter le séjour des villes et de fuir même les lieux habités. Près de la côte de Ligurie (pays de Gênes) est une île déserte nommée Gallinaria ( ainsi appelée à cause du grand nombre de poules sauvages qu’on y avait trouvées. Elle se nomme aujourd’hui Isoletta  d’Albenga) C’est là qu’il va se cacher avec son compagnon, loin des hommes pour être plus près de Dieu, en attendant des jours meilleurs. Un incident étrange, dit la légende, marqua son entrée dans ce triste séjour. Beelzébud en avait jadis chassé les habitants et y régnait depuis en maître. A peine l’homme de Dieu eut-il mis le pied dans cette solitude, que le malin esprit, ne pouvant supporter sa présence, déserta la place avec des hurlements épouvantables, et se retira avec ses infernales légions dans un autre endroit d’où il fut encore expulsé. Ayant un jour mangé, sans le savoir, quelque plante vénéneuse dans son île inculte, car il ne vivait que de racines et d’herbes sauvages, le pieux solitaire fut réduit à la dernière extrémité. Mais il se recommanda aussitôt à Jésus-Christ ; et le divin Maître, qui réservait à de grandes choses son fidèle serviteur, lui accorda la faveur d’une guérison subite et complète. Il continua à passer, dans la retraite, dans l’oraison et les plus dures austérités, la vie qui venait de lui être miraculeusement rendue : préludant ainsi, seul avec Dieu et le saint prêtre qui s’était fait son imitateur, aux exercices  de cette vie monastique vers laquelle l’entraînait toujours le penchant de son cœur.

                        Enfin la persécution arienne s’était apaisée, et le grand évêque de Poitiers, l’Athanase de l’Occident, se hâtait de rentrer dans sa patrie dont il était le soutien, le flambeau et la gloire. Martin, à cette nouvelle, partit aussitôt pour Rome où il espérait le rencontrer. Mais Hilaire n’y est déjà plus. Le disciple alors vole sur les traces de son maître et arrive presque en même temps que lui dans la ville de Poitiers, heureuse d’avoir retrouvé un pasteur et un
Après avoir détruit les symboles idolâtriques, il dédia au vrai Dieu le temple de Saron et y éleva, sous le vocable de saint Pierre et saint Paul, un autel qui, dans la suite des siècles, fut toujours entouré du plus religieux respect. Plus tard, ce temple fut agrandi ; il devint la célèbre église de l’abbaye de Saint Martin d’Autun ; et le chœur de la basilique, construit à l’endroit où le paysan furieux qui avait voulu frapper le Saint tomba lui-même frappé d’une religieuse terreur, redit aux âges futurs le zèle de l’incomparable pontife, l’ascendant divin de sa sainteté, son passage en ces lieux et l’impérissable gloire que sa présence, ses œuvres apostoliques, son nom et son culte leur ont communiquée. Les paysans idolâtres, convertis par le miracle que Martin venait d’opérer auprès du temple de Saron, furent heureux dès lors d’aller en foule dans ce même endroit devenu pour eux à jamais  mémorable et cher, adorer Jésus-Christ leur sauveur, qui avait remplacé la sourde et insensible idole, misérable objet de leurs superstitieux hommages. L’ancien temple païen, transformé par l’illustre apôtre en église chrétienne et auquel se   rattachaient, avec le nom de Martin, des faits si prodigieux, devint dans tout le pays l’objet d’une grande vénération, et les saints évêques d’Autun ne manquèrent pas de l’entourer d’un éclat digne des précieux souvenirs qu’il rappelait aux fidèles. Continuons à suivre notre illustre missionnaire dans ses courses évangéliques près d’Autun.

                        Le paganisme, bien qu’agonisant sur la fin du IV° siècle dans presque toute la Gaule, conservait encore sur les monts sauvages et parmi les incultes habitants du Morvan des sanctuaires vénérés et des sectateurs d’une opiniâtreté qui paraissait désespérante. Mais nulle part le vieux culte gaulois n’était plus enraciné  qu’au Beuvray.  De toutes les parties du territoire d’Augustodunum, l’œil s’arrête sur cette montagne aux larges flancs couverts d’une vigoureuse végétation, à la crête brumeuse, souvent frappée de la foudre et enveloppée d’éclairs, et s’élevant à plus de huit cents mètres au-dessus du niveau des mers. Sa position dominante la fit occuper comme forteresse par les Gaulois d’abord ensuite par les Romains. De vagues souvenirs ont conservé jusqu’à nos jours, chez les populations simples qui vivent encore à ses pieds, la mémoire d’une place forte détruite et d’importants événements accomplis autrefois sur son plateau escarpé. Le paysan montre encore l’emplacement des grandes portes qu’on entendait, dit-il, de Nevers, à vingt lieues de distance, crier sur leurs gonds. Les villageois attardés, les bergers craintifs croient entendre, durant la nuit, quand le vent souffle dans les hêtres, des bruits inusités. La trompette éclate, une voix sonore commande les manœuvres, les chars s’ébranlent, les troupes courent à grand bruit sur les retranchements. Le Beuvray résume les grandes phases historiques des Eduens. Il était le principal théâtre de l’assemblée politique du printemps ; il vit sous Dumnorix et Divitiac, sous Cotus et Convictolitan, les premières luttes du parti gaulois et du parti romain ; il vit César et ses troupes prendre leurs quartiers d’hiver dans sa vaste enceinte fortifiée, derrière ses terrassements gigantesques. Après la destruction de la forteresse, les peuplades voisines continuèrent de fréquenter ce siége de leur antique nationalité, et leurs transactions importantes s’y réglaient encore au moyen âge comme au temps des Druides. Il y a quelques siècles à peine les baux et les fermages s’acquittaient aux assemblées populaires qui se tenaient depuis le temps des Gaulois dans ses vieux et grossiers retranchements. Aujourd’hui que la dernière habitation a disparu du Beuvray, les paysans, fidèles au rendez-vous séculaire, gravissent encore au commencement de mai la montagne de leurs ancêtres, consacrant par cette opiniâtre coutume le souvenir

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père. Combien fut vive la joie de ces deux Saints qui avaient appris à s’apprécier et à s’aimer, lorsqu’ils se jetèrent, après cinq ans d’exil, dans les bras l’un de l’autre ! Ils s’étaient séparés en versant des larmes ; au jour de la réunion ils en répandent encore ; mais cette fois de son des larmes de bonheur. Bientôt après, saint Hilaire connaissant le goût de son cher disciple pour la vie religieuse, lui céda une terre, à deux lieues et demie de la cité épiscopale, dans la vallée du Clain ; et Ligugé, le premier monastère des Gaules, fut fondé (362). Martin âgé de quarante sept ans, s’y enferma avec un nombre de disciples assez considérables pour former une communauté régulière qu’il gouverna sous l’autorité du saint évêque de Poitiers. Il était au comble de ses vœux : sa vie pourrait donc désormais se passer tout entière à entretenir des communications intimes avec le ciel et à préparer par les exercices de la vie monastique de dignes ministres de Jésus-Christ. Car le but de ces premiers moines, disciples de saint Martin était de travailler à leur perfection dans une vie de retraite, de piété et d’étude, pour se rendre capables de servir utilement l’Eglise, lorsqu’ils seraient appelés à exercer les fonctions du saint ministère et de l’apostolat. Notre saint rendit donc un immense service en établissant ces sortes de séminaires réguliers d’où sortaient des hommes solidement établis dans toutes les vertus pour aller, sur l’ordre des évêques, travailler à la conversion des âmes et faire l’œuvre de Dieu au milieu des peuples. Afin  de donner à ses disciples l’exemple de cette vie du religieux unie à la vie du missionnaire, il commença dès lors à faire ce qu’il fera jusqu’à son dernier jour. Il allait prêcher dans les campagnes encore pleines de pauvres idolâtres ; mais il revenait toujours avec empressement au monastère pour retremper son âme dans le calme et l’oraison.

 

                        La Providence, qui avait voulu l’employer à faire fleurir dans les Gaules l’ordre et la discipline monastique avec la vie sacerdotale, ne lui permit que de goûter le bonheur de sa chère solitude de Ligugé. Elle réservait sa haute vertu, son mérite éminent, sa grande âme et son zèle immense à un plus vaste théâtre. Et pour seconder puissamment l’importante mission à laquelle il allait l’appeler pour l’accréditer en quelque sorte auprès des peuples comme ambassadeur, le divin Maître lui communiqua dès lors au suprême degré le don des miracles. Car avant de quitter Ligugé, l’humble et modeste religieux en opéra plusieurs, entre lesquels l’histoire signale particulièrement la résurrection de deux morts. Bientôt la renommée de ses prodiges et l’éclat de son éminente sainteté franchirent l’enceinte tranquille où il pensait abriter pour toujours sa vie, en faisant obscurément le bien et cachant avec tout le soin possible les moindres actions capables d’attirer l’attention des hommes. Il était trahi. Déjà le bruit que faisait son nom volait au loin ; et il ne savait pas ce que sa réputation ou plutôt la  Providence lui préparait. Tours venait de perdre son évêque et avait jeté les yeux sur Martin. Une nombreuse députation de la ville partit donc avec le mandat d’aller le chercher, et au besoin de le ravir malgré toute une résistance. Mais le difficile était de l’attirer hors du monastère. Ruricius, chef de la députation, y réussit par adresse. Ayant fait arrêter sa troupe à quelque distance, il se détacha et alla seul à Ligugé. Là sans se faire connaître, il dit à l’homme de Dieu : « Ma femme est dangereusement malade et réclame votre assistance. Veuillez me suivre immédiatement ». Il savait bien que la charité avait tout pouvoir sur ce grand cœur et triompherait des résistances de l’humilité. Martin le suivit en effet. Heureux du succès de sa pieuse ruse, Ruricius s’empressa de le conduire au lieu où l’attendaient ses concitoyens. Le saint se vit aussitôt entouré à l’improviste, enlevé de force et emmené pour être placé sur le siège épiscopal que la mort récente de saint Lidoire venait de rendre vacant. A la vue du pauvre moine, quelques personnes firent les dégoûtées. « Quoi ! ce n’est que cela !... Comment trouver un évêque dans un homme d’un extérieur si humble et si négligé ? »  Il y eut même un parti formé contre lui ; mais le peuple et le clergé de Tours le voulaient à tout prix. Ils avaient raison et tinrent ferme. L’opposition eut honte devant la manifestation des vœux unanimes et se vit obligée de se soumettre. Martin aussitôt fut proclamé et sacré par les prélats réunis, le 4 juillet de l’an 372.

                        Ainsi tiré inopinément et malgré lui de sa solitude bien-aimée pour être élevé à l’épiscopat, notre Saint, pour unir autant que possible les avantages, les douceurs et les saintes austérités de la vie monastique aux devoirs de sa nouvelle dignité, mais aussi, mais surtout afin de former et d’avoir toujours sous la main des ouvriers évangéliques, capables de seconder son zèle, fonda près de sa ville épiscopale, sur la rive droite de la Loire, un monastère dont les cellules étaient construites en bois ou creusées dans les bancs du calcaire tendre de la Touraine. Telle est l’origine de la fameuse abbaye de Marmoutier ou le grand monastère par excellence, magnum monastérium ( il ne reste de cette magnifique abbaye qu’un portail dépendant de l’enceinte extérieure. Tout le reste, à l’exception de la chambre du saint Martin qui a été restaurée, a été rasé par celui à qui les révolutionnaires l’avaient vendu. Ce couvent est aujourd’hui habité par les religieuses de Sacré-Cœur.)

                        Il allait souvent rafraîchir son âme et passer tout le temps que lui laissaient les graves et nombreuses occupations de sa charge, dans cette sainte retraite, au milieu des religieux qui, sous sa direction, se préparaient au saint ministère, étudiant, copiaient des livres, vaquaient à la prière, au chant des louanges de Dieu et aux exercices de la pénitence, et n’en sortaient que pour aller exercer les fonctions de l’apostolat. Ce monastère devint comme un séminaire


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d’évêques : toutes les villes désiraient avoir des pasteurs missionnaires formés par saint Martin. Pour y conserver plus sûrement l’esprit religieux et apostolique, qui est un esprit de sacrifice fort exposé à se perdre au milieu des richesses, le saint évêque était inflexible à l’égard de la pauvreté. En voici un exemple :

                        Lyncontius, autrefois gouverneur de province, personnage aussi distingué par sa piété que par le haut rang qu’il occupait dans l’empire, lui écrivit un jour, le cœur navré, qu’une maladie contagieuse s’était déclarée dans sa maison et y faisait de grands ravages. Il le priait en même temps d’intercéder auprès de Dieu pour obtenir la cessation du fléau. Martin, touché de la douceur de son ami s’enferma aussitôt dans sa cellule, y resta sept jours et sept  nuits, jeûnant et priant. Il n’en sortit qu’après avoir fait en quelque sorte violence au ciel et obtenu la grâce qu’il demandait. Lycontius vint le remercier et lui offrit, comme un témoignage de reconnaissante, deux cents marcs d’argent. Mais le Saint ne permit pas qu’on retint pour son monastère la plus petite partie de cette somme. Il exigea qu’elle fût toute entière consacrée au soulagement des pauvres, et répondit à quelques-uns de ses disciples qui lui représentaient les besoins de la communauté : « Des religieux ne doivent avoir que le vêtement et la nourriture strictement indispensable. Or, l’Eglise », ajouta-t-il, « sera bien toujours en état d’y pourvoir, surtout lorsqu’on saura que nous méprisons les richesses ». -  Le trait suivant montre à la fois et le soin qu’il avait de conserver intactes les Règles monastiques et son habileté dans la conduite des âmes.

                        Un ancien militaire vint un jour lui demander à être reçu dans son monastère. « Etes-vous marié », lui dit le Saint ? – « Oui », répondit le soldat, - « Eh bien ! mon ami, je ne puis vous admettre ». – Mais ma femme est comme moi décidée à embrasser la vie religieuse ». – Martin, admirant de si beaux sentiments, finit par accueillir avec sa bonté ordinaire la demande du solliciteur, et après avoir suffisamment éprouvé les dispositions du couple pieux, il plaça la femme dans une maison qu’il avait établie pour les vierges consacrées à Jésus-Christ, et permit au mari de se construire une cellule près de celles des moines. Mais voilà que peu de temps après, le novice, prenant en dégoût l’état monastique, s’imagina que s’il pouvait avoir sa femme avec lui, il servirait Dieu avec plus de ferveur, parce que, dans sa pensée, tous deux s’exciteraient mutuellement à la vertu. Ce pauvre homme alla donc trouver le saint évêque et, lui ouvrant son cœur, exprima le désir d’avoir sa femme avec lui, si cela était possible . Martin, surpris d’une telle proposition, essaya de lui faire comprendre directement l’incompatibilité de sa demande avec la profession religieuse ; mais ce fut en vain. Alors, prenant un détour, il lui dit : « vous avez été soldat,  n’ est ce pas, et vous vous êtes trouvé sans doute plusieurs fois dans la mêlée ? » - « Oui », répondit l’ancien militaire. – « Eh bien ! mon ami, dites-moi, vous êtes-vous jamais avisé de mener avec vous votre femme au combat ? » En avez-vous même eu la pensée ? » - « Non, certainement ». – «  Et maintenant que vous êtes venu ici pour combattre les combats du Seigneur, vous voudriez l’avoir à vos côtés ? » Il n’en fallut pas davantage pour dissiper la tentation ; et le vétéran persévéra jusqu’à  la fin, sans éprouver de nouveaux dégoûts dans la vocation que Dieu lui avait inspirée.

                        Quelque soigneux qu’il fût de conserver dans toute son intégrité la discipline régulière, son zèle cependant était plein de douceur et de longanimité. Un jour il fut obligé d’adresser des reproches à un de ses disciples qui, à peine entré dans le clergé, oubliant les leçons du monastère, avait acheté des chevaux et menait la vie d’un séculier. Brice, c’était le nom de ce clerc mondain, de ce disciple  indocile et ingrat, reçut fort mal ses remontrances, quoique trop bien méritées et très paternelles . il lui répondit même avec  une brusquerie insolente : «  C’est bien à vous, qui avez perdu une bonne partie de la vôtre dans la licence des camps, à reprendre la conduite d’un homme qui a passé toute la sienne dans les exercices religieux et au service des autels ! » Le vénérable évêque, sans s’émouvoir, essaya de calmer ce malheureux et de le ramener doucement à des sentiments meilleurs. Mais ne pouvant y réussir par ses paroles, il alla se jeter à genoux pour demander à Dieu la conversion d’une âme si rebelle et pourtant si chère. Sa prière fut exaucée. Brice, changé subitement, revint en toute humilité demander pardon au saint Prélat qui, plein de joie, lui sauta au cou, l’embrassa tendrement, et tout fut oublié. Comme  quelques-uns des frères paraissaient se scandaliser de son indulgence :  « Voulez-vous », leur dit-il, « que je m’irrite pour des injures qui ne font de mal qu’à celui qui les a dites » ?  Et comme on le pressait quand même d’expulser le coupable du monastère : « Quoi ! » ajouta-t-il, « Notre Seigneur Jésus-Christ a bien voulu souffrir le traître Judas auprès de sa personne divine, et moi, qui ne suis qu’un misérable pécheur, je renverrais Brice repentant ! » Martin le plaignait et l’aimait trorp sincèrement pour pouvoir se fâcher et sévir contre lui. La bonté qu’il montra dans cette circonstance était d’autant plus admirable que ce n’était pas la première fois que le coupable mettait sa patience à l’épreuve en l’insultant grossièrement et le traitant de radoteur. Cet homme léger, orgueilleux et mondain, ne se corrigea point encore tout à fait. Mais plus tard, il changea complètement, succéda même à son admirable maître sur le siége de Tours et mourut en Saint.

                        C’est de ce monastère où il entretenait par son exemple et par sa sage direction la plus

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parfaite régularité, la pratique de toutes les vertus, que le saint évêque, après avoir puisé dans le commerce intime avec Dieu une ardente charité et un zèle infatigable, partait pour aller évangéliser son vaste diocèse. C’est là qu’il revenait prendre de nouvelles forces pour repartir encore. Dans ses courses apostoliques, il pénétrait jusqu’au fond des campagnes les plus reculées. Les pauvres paysans, grossiers, ignorants, et pour la plupart encore idolâtres, furent toujours le principal objet de ses soins. Il allait les chercher partout, les instruisait avec une aimable simplicité, les consolait avec une bonté touchante, les subjuguait par l’ascendant irrésistible que la parole évangélique avait dans sa bouche, par ses exemples surtout, par sa douceur, par sa sainteté appuyée du don des miracles ; et toujours sur son passage disparaissaient les anciennes superstitions du paganisme romain ou gaulois.

 

                        Amboise fut une des premières localités où le saint Pasteur alla exercer son zèle. Il y fit de nombreuses conversions, y fonda une Eglise et en donna le gouvernement à quelques-uns de ses disciples qui se réunirent en communauté et vécurent là, à peu près sous le même discipline que dans le grand monastère de Tours. Cultivée par ces dignes ouvriers, la vigne du Seigneur produisit des fruits au centuple. Toutefois, il était resté non loin de là un temple de forme conique, tout en pierres de taille, très solide et très élevé, où le peuple honorait une idole d’une grandeur extraordinaire. Martin, voyant que ce monument perpétuait dans le pays les souvenirs idolâtriques, recommanda à Marcel, supérieur de la petite communauté des clercs qu’il avait laissés dans la contrée, de le faire abattre. Mais le disciple, malgré tout son zèle, ne put exécuter l’ordre du maître. Alors  le saint évêque revint à Amboise ; et  convaincu qu’en effet il ne fallait compter pour la réalisation de son dessein que sur le secours du ciel, il se retira dans un lieu solitaire et passa la nuit en oraison. Or dès le lendemain matin un furieux ouragan renversa le temple et brisa l’idole. C’est ainsi que Dieu mettait les éléments à la disposition de celui qui ne travaillait que pour sa gloire et le salut des âmes. Que pouvait-il refuser à une foi si vive, à un zèle si ardent, à une prière si persévérante ?

                        Arrivant un jour dans un autre bourg de son diocèse ( appelé Leprosus. Peut-être le Louroux près de Manthelan ?), il y trouva un ancien temple très fréquenté. Comme il se préparait, selon sa coutume, à renverser les autels et les idoles, les païens, avertis de ce qui se passait, accoururent en foule et le chassèrent en l’accablant d’outrages. Alors, dit Sulpice-Sévère, il resta seul pendant trois jours, jeûnant et suppliant le Seigneur de vouloir bien éclairer ce pauvre peuple. Enfin deux envoyés de la milice céleste lui apparurent sous une forme humaine, armés de piques et de boucliers, et lui dirent : « Nous venons pour arrêter cette foule de païens qui ont opposé aux efforts de ton zèle une résistance si brutale. Va donc maintenant en toute assurance exécuter ton entreprise ». Martin, qui était prosterné la face contre terre, se leva aussitôt plein d’une ardeur céleste, renversa les autels et brisa les simulacres du culte idolâtrique, sans que les païens opposassent la moindre résistance. Se sentant comme enchaînés par une force divine, en présence de cet homme qu’ils avaient contraint de fuir devant eux trois jours auparavant, ils reconnurent en lui le ministre du seul Dieu véritable et tout-puissant, se convertirent et reçurent le baptême. – Une autre fois, après avoir mis le feu à un temple également très célèbre,  voyant la flamme poussée par le vent se porter en tourbillons sur une maison particulière qui était tout proche, il court, monte sur le toit de cette maison et défend à l’incendie de se propager. Aussitôt le feu prend une direction tout opposée à l’impulsion du vent et la maison en péril est sauvée.-  Comme il était occupé dans un lieu dont on ignore le nom, à renverser des idoles, tout à coup un homme se précipite vers lui pour le frapper d’un coup de couteau. Mais au même instant l’arme fuit des mains du fanatique et disparaît.- Dans chaque bourgade où il arrivait pour y abolir l’idolâtrie, Martin n’était pas toujours réduit à exécuter lui-même l’œuvre de destruction. Quand les païens refusaient obstinément de laisser abattre leurs temples, il se mettait à leur parler ; et souvent alors sa parole avait une telle puissance, que peu à peu la colère de ces hommes se calmait, la lumière de la vérité pénétrait même bientôt dans leur esprit. Enfin complètement changés et se tournant eux-mêmes contre l’édifice, ils le renversaient de leurs propres mains. Plus d’une fois le saint pontife fit ainsi la guerre et remporta la victoire avec les troupes mêmes de son ennemi.

 

                        Mais Dieu n’avait pas fait Martin si grand pour le seul diocèse de Tours. « Afin de perpétuer », dit Bossuet, « dans l’Eglise des Gaules la gloire que lui avait procurée saint Hilaire, le grand évêque de Tours fut élevé sous la discipline du grand évêque de Poitiers ; et cette Eglise, renouvelée par les exemples et les miracles de cet homme incomparable, crut revoir le temps des Apôtres : tant la Providence divine fut soigneuse de réveiller parmi nous l’ancien esprit et d’y raire revivre les premières grâces ! » Bientôt, en effet, la surnaturelle ambition que l’Esprit-Saint avait inspirée à cette âme sublime, se trouva trop à l’étroit dans les limites de l’Eglise de Tours. Après avoir visité et renouvelé son diocèse, l’homme de Dieu se sentit pressé d’étendre au dehors, jusque dans les provinces les plus lointaines, ses courses et ses travaux. Vêtu d’une pauvre tunique recouverte d’un manteau noir fait de poil grossier, monté sur un âne et emmenant avec lui comme auxiliaires quelques-uns


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de ses religieux, le voilà  qui part en pauvre missionnaire pour évangéliser les campagnes et y extirper les restes de l’idolâtrie ; car c’est là le lot qu’il a choisi, la tâche qu’il s’est imposée. Doué d’une activité prodigieuse comme son zèle, il parcourt presque toutes les provinces des Gaules, combattant partout et toujours en vainqueur le vieux paganisme qui fuyait, forcé d’aller au loin se cacher pour échapper à la poursuite et aux conquêtes de l’Evangile. Rien ne peut arrêter les pas de l’infatigable soldat de Jésus-Christ : ni les âpres montagnes de l’Avernie, ni les plages et les rochers sauvages de l’Armorique, ni les vastes forêts du pays des Carmutes (Chartres), ni le rude pays du Morvan, lointaines et dernières retraites du druidisme déjà chassé » des villes. Précédé de son immense réputation, entouré de l’éclat et fort de l’influence d’une vertu surhumaine, n’ayant d’autres armes que la parole de Dieu, la croix, la prière, la pénitence, une charité sans bornes, une foi à transporter les montagnes et le pouvoir divin d’opérer des prodiges : partout, nouveau et pacifique conquérant, il attirait,, il soumettait les populations à l’empire du divin Maître. Partout il étouffait dans leur berceau les superstitions celtiques, renversait les arbres sacrés, restes du fétichisme primitif, les temples, les autels et les statues des faux dieux ; ayant soin d’élever à la place une église, un oratoire, une cellule, où il laissait, selon les circonstances, un ou plusieurs religieux pour soutenir son œuvre ou plutôt l’œuvre de Dieu, et cultiver le mystérieux grain de sénevé qu’il avait semé en passant. Saint Martin passe pour le premier qui dans la province de Tours et peut-être même dans toute la Gaule, ait établi des paroisses rurales, ce qui a surtout contribué à le faire regarder comme l’apôtre des campagnes.

                        C’est ainsi que par une profonde intelligence de la nature humaine, afin de gagner plus facilement les peuples et favoriser la propagation de la foi, il n’oubliait pas de conserver autant que possible à tel temple, à tel autel,  à tel lieu, la célébrité que leur avaient faite la superstition et le concours des païens : ayant soin de substituer dans le même endroit, aux ridicules et criminelles pratiques de l’idolâtrie, les belles et pures cérémonies, les fêtes sanctifiantes, les pompes sublimes du culte chrétien, le sacrifice non sanglant de l’adorable victime.

                        Suivons Martin jusqu’à Trèves où il avait été obligé de se rendre pour traiter avec l’empereur Valentinien 1° quelque affaire importante, qui sans toute intéressait l’Eglise ou la charité. Le prince, prévenu contre le grand évêque par Justine, son épouse, infectée d’arianisme, et résolu d’avance à ne rien accorder, lui fit interdire l’entrée du palais. Notre saint, après plusieurs tentatives infructueuses, eut recours à ses armes ordinaires, la prière et la pénitence, pour vaincre cette résistance, qui se dérobe, et pour gagner à sa cause celui « qui tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ». Après  sept jours et sept nuits d’oraison et de jeûnes, il eut la vision d’un ange. « Rends-toi sans crainte au palais », lui dit le messager céleste, « les portes te seront ouvertes, et l’empereur, si farouche qu’il soit, s’adoucira ». Sortant aussitôt de sa cellule où il s’était enfermé pour gémir devant Dieu, il courut avec une sainte confiance à la demeure impériale, trouva en effet l’entrée parfaitement libre et put pénétrer jusqu’à Valentinien. Ce prince, d’un caractère excessivement violent, ne daigna pas d’abord se lever et entra même en fureur. Mais tout à coup vaincu et changé par une secrète et divine influence, il se jeta au cou du pontife, prévint sa demande, lui accorda même plusieurs autres audiences, voulut l’avoir comme convive et lui offrit enfin de riches présents, mais sans jamais pouvoir les lui faire accepter. Les sentiments de vénération qu’il éprouvait pour l’homme de Dieu s’accrurent encore de toute son admiration pour un tel désintéressement.

 

                        Dans une de ses missions évangéliques, Martin, après avoir fait démolir un temple fort ancien dans un lieu dont l’histoire n’a pas conservé le nom, et mis en pièces les statues des dieux, voulut aussi qu’on abattit un arbre sacré, voisin du temple. Le prêtre des idoles détruites et quelques païens s’y opposèrent violement. Mais voyant que l’Apôtre insistait, ils lui dirent : « Eh bien nous allons couper l’arbre, à condition que tu le recevras dans sa chute. Tu ne dois rein craindre : le Dieu que tu prêches et en qui tu as tant de confiance sera sans doute assez puissant et assez bon pour te protéger ». Le saint invoque le Seigneur et, inspiré d’en haut, accepte la proposition. On le place du côté où l’arbre penche. Les coups de hache retentissent. Bientôt le pin chancelle ; déjà il s’incline sur la tête de Martin ; mais un signe de croix fait par le serviteur de Dieu, il se relève soudain, comme repoussé par un vent violent, et va tomber du côté opposé.

                        Saint Martin, passant par le pays éduen, l’évangélisa et vint jusqu’à Autun prier sur le tombeau de saint Symphorien, visiter le saint évêque Simplice et le seconder dans ses efforts pour la destruction des restes de l’idolâtrie. C’est alors que ces pieds vénérables foulèrent ce sol sanctifié par son zèle, illustré par un de ses miracle et honoré depuis de son nom immortel. Non loin de l’ancienne porte où aboutissait la voie de Langres, tout près de la petite cellule qui renfermait le corps de saint Symphorien, s’élevait un temple en l’honneur de Saron, roi fabuleux des Gaules, petit-fils de Samothès dont les Gaulois, d’après César, prétendaient tirer leur origine, renommé pour son savoir et fondateur de certaines écoles, d’où une secte de Druides avait pris le nom de saronides. Ces Druides saronides tenaient, au milieu


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des forêts sacrées qui couvraient les hauteurs voisines d’Autun, une sorte de collège fameux où de toute parts la jeunesse venait étudier la religion et la philosophie. Cet antique temple de Saron, qui avait survécu à la proscription des Druides, était alors peut-être le dernier refuge du paganisme vaincu. Martin l’a vu en allant prier dans l’église du cimetière et vénérer les reliques de Symphorien. Aussitôt il s’y rend et n’hésite point à faire là ce qu’il a fait partout, même au péril de sa vie. Saisi d’indignation à la vie de cet outrage permanent à Jésus-Christ, il entre dans le temple, poussé par l’’ esprit de Dieu, et renverse, transporté d’un saint zèle, la statue et l’autel sacrilèges. Aussitôt une troupe furieuse de païens armés se précipite sur lui en poussant des cris sauvages, pour défendre et pour venger l’idole. Déjà l’un deux, plus hardi, plus violent, plus exaspéré que les autres, sort du milieu de cette foule irritée et s’élance l’épée à la main sur l’apôtre. Celui-ci, sans s’émouvoir, rejette son manteau en arrière et présente la gorge nue au glaive du meurtrier. Déjà ce misérable fanatique lève le bras pour le frapper. Mais soudain il tombe à genoux au pieds du saint évêque, comme terrassé par une force invisible, tremblant de crainte, saisi de respect, demandant pardon, et sans doute converti. Nous n’avons pas besoin de dire avec quelle charité Martin se relève et le rassure, avec quelle joie il lui pardonne. On peut bien présumer qu’un tel évènement toucha aussi les autres infidèles et que le thaumaturge en profita pour les instruire et les amener à la foi.

                 

 

 

                        des anciennes assemblées religieuses et politiques et celui de l’existence du rempart national.

Par Michelpaulandrepotironpaquinet - Publié dans : Religion
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 16:09

bLASON D'AVERTON-Breinville001

Par Michelpaulandrepotironpaquinet - Publié dans : Belinois
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 11:22
Pasteau Jamin 1648 1 document sur 4   (1a)
01 aTestament S.Pasteau D
Par Michelpaulandrepotironpaquinet - Publié dans : Archives Saint-ouen-en-belin
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 11:33
François Belin Escardeux 1629 1 doc./3 (2a)
02 a Testament François belin escardeux 1629 1

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Par Michelpaulandrepotironpaquinet - Publié dans : Archives Saint-ouen-en-belin
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 11:49
Bougard Grassin 1645 1 doc. sur 10  (3a)
03 a héritage Bougard Grassin 1645 1





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