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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 18:26

Fête de l'Assomption dans notre paroisse de Saint Bernard des bords de l'Huisne

Assomption-2013-St-Bernard-100_7697.JPG

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:29

 

prières publiques et procession

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:26

 

Procession pour les biens de la terre

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:24
procession autour de la chapelle ND du Rancher  Teloché
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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:22
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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:20

Vidéo accueil confirmants Evêque Ecommoy
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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 18:19

Vidéo Fête au Rancher maison de retraite des Frères des écoles chrétiennes Teloché
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 16:18

SAINT MARTIN, Evêque de Tours

 

400.    – Pape : saint Anastase. – Empereur d’Occident : Honorius

 

Martin a vu et compris la vanité des idoles, et il s’est fait chrétien ; l’horreur de les suites déplorables du péché, et il l’a chassé de sou cœur. En possession de la vérité et de la grâce du Seigneur, il a veillé toute sa vie sur ces précieux trésors, et n’a cessé de puiser dans la prière la force de les défendre.             ( éloge du Saint)

 

   

S

aint Martin naquit à Sabarie, aujourd’hui Steinamanger, en Hongrie. Son père, qui était tribun militaire, alla se fixer à Ticinum, (aujourd’hui Pavie), où il mena Martin encore enfant, afin de lui procurer une éducation plus convenable et plus soignée. De vieilles légendes composent à notre Saint une généalogie et lui donnent même une extraction royale : c’était comme une guirlande que le moyen âge croyait nécessaire pour orner son berceau. Quoi qu’il en soit, sa gloire n’a pas besoin d’aïeux, et, quelle qu’ait pu être sa noblesse de ses ancêtres, il fut plus noble qu’eux, car il méprisa les rites sacrilèges auxquels son père était asservi. En effet, bien jeune encore, malgré les préjugés, l’influence et même les persécutions de la famille, malgré l’atmosphère païenne dans laquelle il vivait, cet enfant extraordinaire semblait annoncer ce qu’il serait un jour. Comme s’il eût été naturellement chrétien, il ne se plaisait que dans l’assemblée des fidèles et se dérobait à la vie de ses parents pour aller à l’église prier et s’instruire. A dix ans, il sollicitât et obtient la faveur d’être admis au nombre des catéchumènes. Deux ans après, prévenue de la grâce, nourrie des enseignements que recevaient les aspirants au baptême, secondée d’une âme forte, ardente, méditative, qui se sentait étrangère dans la maison paternelle et dans le monde, sa jeune et naïve piété, devançant l’âge des grandes choses, aspirant de prime abord à la perfection, faillit le pousser prématurément au désert.

 

A

insi déjà s’annonçait une vocation sublime, ainsi se révélait en lui une de ces natures d’élite, élevées et contemplatives, qui se sentant à l’étroit dans la sphère terrestre et planant bien qu’au dessus des mille petites choses d’ici-bas, semblent oublier qu’elles sont encore assujetties à la vie mortelle pour ne rêver que du ciel ; comme si, à la hauteur où Dieu  les a placées, elles ne pouvaient se nourrir que de pensées et d’affections surnaturelles, d’immortelles espérances, de charité, de dévouement, de sacrifices, de vertus presque surhumaines. Cependant le jeune catéchumène se crut obligé pour le moment de lutter contre son attrait et attendit encore quelques années avant de satisfaire ce besoin si précoce qui l’appelait hors du monde. Ne fallait-il pas au moins qu’il fût sorti de la première enfance ? enfin il atteignit sa quinzième année, et alors sans doute il se promettait bien de pouvoir réaliser son projet. Dieu qui avait ses vues en disposa autrement.

 

 

Un édit de l’empereur appela sous les drapeaux les fils de vétérans ( héritiers des franchises paternelles, les fils des vétérans héritaient en même temps du métier des armes. Ils étaient soldats par naissance, dit la loi romaine. C’est à ce titre que saint Martin fut enrôlé dès sa jeunesse et combattit dans les ailes de scholaires, sous Constance et le césar Jules Constant.) âgé de 17 ans. Son  père, furieux de voir que ses goûts semblaient l’éloigner de la profession des armes comme du culte idolâtrique, voulut l’y engager malgré lui, et avant le temps le dénonça aux agents impériaux et parvint à le faire admettre, nonobstant son âge que peut-être il dissimula, parmi les nouvelles recrues. Martin dut obéir, et il le fit sans murmurer, adorant avec amour et confiance la main providentielle qui ne dispose jamais les événements humains que pour le bien des élus. Il prêta le serment 

militaire, et revêtu de la chlamyde ou manteau de laine blanche de forme ovale, il partit avec un cheval et un serviteur, fut incorporé dans les légions de l’empire et alla servir dans ce beau pays des Gaules qu’il avait évangéliser un jour, après en avoir protégé les frontières avec sa jeune épée.

Le voilà donc à quinze ans lancé inopinément et avant même d’avoir reçu le baptême, au Milieu du tumulte des armes, de la dissipation  et de la licence des camps. Que cette carrière était différente de celle vers laquelle se portaient toutes les aspirations de con cœur ! Mais au moins, le pauvre enfant, sans secours et sans appui conservera-t-il dans ce milieu si délétère, la piété, la vertu ordinairement bien frêle à cet âge ?

                        Dieu qui le destinait à être plus tard le modèle des solitaires, des évêques et des apôtres voulut auparavant montrer dans sa personne aux jeunes militaires que l’âme la plus pure peut se conserver intacte sous les armes ; qu’une foi solide et pieuse s’allie admirablement avec le courage d’un héros ; que le vrai chrétien et le vrai soldat son frère, qu’ils peuvent se comprendre à merveille, qu’ils se ressemblent par l’esprit de sacrifice et de dévouement qui est commun à l’un et à l’autre, qui fait en quelque sorte leur vie et constitue l’essence de leur être. En récompense des saints désirs et des efforts généreux de Martin, il protégea donc dans l’armée son adolescence assiégée de mille périls, comme sous le toit paternel il avait protégé son enfance contre les séduction de l’idolâtrie, malgré l’influence presque irrésistible de l’éducation et des exemples domestiques. Aussi le vice ne put approcher de celui que les vertus chrétiennes unies aux vertus guerrières  


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entouraient d’une garde d’honneur, couvraient d’un double et invincible rempart. Exacte à tous ses devoirs, plutôt sans doute par conscience que par goût pour l’état militaire, doux et affable dans le commerce de la vie autant que brave sur le champ de bataille, il gagna bientôt l’estime et l’affection de ses camarades et de ses chefs. En lui se faisaient remarquer toutes les plus belles, toutes les plus nobles qualités du cœur ; mais l’humilité et la charité, ces deux aimables sœurs, filles de l’Evangile et mères de toutes les autres vertus, semblaient lui être particulièrement chères. Au lieu d’avoir, comme les autres, plusieurs hommes à ses ordres, il se contentait d’un seul serviteur, et encore le traitait-il comme son étal devant Dieu, lui épargnant toute la peine qu’il pouvait et même lui rendant au besoin  les plus humbles services. Chose admirable et inouïe, si l’on songe à quel mépris étaient voués, à quels traitements étaient soumis les malheureux esclaves par ceux qui n’avaient pas encore appris du christianisme que tous les hommes sont frères ! sa solde presque tout entière passait entre les mains des pauvres ; il ne s’en  réservait que le strict nécessaire, et souvent même il oublia de s’en rien réserver.

                        Un jour qu’il était en marche par un hiver si rigoureux que plusieurs personnes moururent de froid, il rencontra aux portes d’Amiens, sur la voie d’Agrippa conduisant de Lyon à Boulogne, un pauvre presque nu qui demandait l’aumône aux passants. Voyant que les autres n’avaient pas même fait attention à ce malheureux, il pensa que Dieu le lui réservait. Mais que donnera-t-il ? Ce jour là il n’avait pas seulement une obole. La charité, qui ne sait point calculer, est ingénieuse pourtant et ne connaît pas l’impossible. Aussitôt se rappelant ces paroles du divin Maître : J’étais nu, et vous m’avez couvert : « Mon ami », dit-il au pauvre, « je n’ai que mes armes et mes vêtements ; partageons ceux-ci. Tiens, voilà ta part ». A peine achevait-il ces mots que déjà il avait fendu avec son épée sa chlamyde en deux et en avait jeté la moitié au mendiant transi de froid. La nuit suivante, il vit dans un songe miraculeux Notre-Seigneur Jésus Christ couvert de cette moitié de manteau et disant à une troupe d’anges rangés autour de lui :  « Martin, qui n’est encore que catéchumène, m’a revêtu de cet habit ». le jeune militaire n’avait pas dix-huit ans lorsqu’il fit cet acte de charité si généreux, si rapide, si spontané, qui révélait toute son âme. On voit ce trait immortel gravé sur une ancienne médaille trouvée à Autun : tant étaient profondes les traces, tant était vivace et cher le souvenir que Martin avait laissés dans cette ville où nous le suivrons bientôt.  

                        Quelque temps après, il reçut le baptême, après avoir passé par toutes les épreuves des compétents ou postulants, et nourrissant toujours son grand projet de ne vivre que pour Dieu, il pensa dès lors sérieusement à sa retraite. Cependant, à la prière d’un officier supérieur, son ami qui lui promettait de se retirer en même temps que lui pour se consacrer pareillement à Dieu, il consentit à rester encore deux ans sous les drapeaux. Mais ses pensées étaient ailleurs, et plus que jamais son âme vivait dans une sphère plus élevée. Enfin le moment arriva où il put échapper à la triste nécessité de verser le sang humain et entrer dans la voie plus parfaite à laquelle il se sentait appelé par la divine Providence. Les Germains ayant fait irruption sur les terres de l’empire (en336) ; ont réunis les troupes dispersées dans leurs cantonnement, et avant de les mener à l’ennemi on leur fit les largesses ordinaires en pareil cas. Martin, décidé à quitter l’armée, eut la remarquable délicatesse de refuser une récompense qui, selon lui, supposait la continuation du service militaire, et profita de cette occasion pour demander son congé, disant qu’il ne pouvait accepter de gratification, parce que, décidé à entrer dans la milice de Jésus-Christ, il ne lui était pas permis de combattre. Comme on était à la veille de voir l’ennemi, cette demande fut naturellement regardée comme  preuve de lâcheté. L’âme généreuse de Martin, pleine de cette noble fierté digne d’un soldat de Rome, digne aussi d’un soldat de Jésus-Christ qui tient à conserver exempt de toute tache son nom de chrétien , ne put que se révolter à une pareille imputation. « Eh bien ! » dit-il, « puisqu’il en est ainsi, demain qu’on me mette au premier rang, sans armes ni offensives ni défensives. Je n’aurai donc à opposer à l’ennemi que le signe de la croix, et l’on verra si un chrétien a peur de la mort ». que se passa-t-il durent la nuit entre Dieu et son serviteur ? Nul mortel ne l’a su ; mais le lendemain, dès le point du jour, une députation des barbares venait au camp demander la paix. Alors Martin put prendre immédiatement son congé et se consacrer tout entier au service du divin Roi. Les fatigues et les périlleux hasards de la guerre n’avaient fait qu’affermir son courage, sans rien ôter à sa vertu, et tremper encore plus fortement sa grande âme.

 

                        Quand il se vit enfin et pour la première fois en possession de cette liberté qu’il avait désirée uniquement pour en faire à Dieu le sacrifice, Martin, âgé alors d’environ vingt ans, alla d’abord trouver Maximin, évêque de Trèves, fit avec lui le voyage de Rome, et se rendit, après la mort de ce saint prélat (en348) chez saint Maixent, son frère, évêque Poitiers. Quelque temps après, Hilaire remplaçait Maixent sur le siège de cette ville, et Martin se trouva heureux d’être accepté comme son disciple. Le grand docteur eut bientôt reconnu le mérite extraordinaire du saint jeune homme et voulut l’attacher à son diocèse en l’ordonnant diacre. Martin refusa cet honneur dont il se croyait trop indigne et ne consentit  

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qu’à être fait exorciste. C’était comme une prophétie annonçant la guerre incessante que notre Saint fera contre les démons.  

                        Investi depuis peu de jours seulement du pouvoir de commander à ces esprits de ténèbres, le nouveau clerc, sur un avis du ciel et avec la permission de son illustre maître, fit un voyage que lui commandant le zèle autant que la piété filiale. Plein d’une sollicitude affectueuse et chrétienne pour ses parents qu’il avait laissés dans les ténèbres du paganisme, il voulait les voir une dernière fois pour travailler à leur conversion. Sa vieille mère et plusieurs personnes du pays ouvrirent les yeux à la lumière et la foi. Mais cette consolation fut mêlée d’amertume : il eut la douleur, malgré toutes ses tendres et pieuses industries, d’échouer auprès de son père et le quitta bien triste, ne pouvant faire autre chose que prier pour lui. L’ancien et dur tribun l’avait reçu d’un air froid et sombre ; il avait pu pardonner à ce fils unique d’avoir renoncé à ses dieux, à sa profession, et trompé son ambition vulgaire. C’est pendant ce long voyage de Poitiers à Sabarie qu’en traversant les Alpes Martin tomba entre les mains d’une bande de voleurs. Déjà l’un d’eux  levait le bras sur lui, lorsqu’il fut soudainement arrêté par ses compagnons frappés de l’air noble,, intrépide et calme du voyageur. « qui es-tu donc », lui demandèrent-ils ?- « je suis chrétien », répondit notre Saint.- « n’as-tu donc pas peur ? »- « Non, un vrai chrétien n’a jamais peur, parce qu’il a la conscience tranquille et sait que Jésus-Christ est avec lui, à la vie à la mort. C’est vous qui, ayant tout à craindre et de la justice des hommes et surtout de la justice de Dieu, devez justement avoir peur ». Stupéfaits d’entendre de la bouche d’un voyageur désarmé, qui était à leur discrétion, des paroles si fermes et si nouvelles pour eux, dominés par une force secrète, par un irrésistible ascendant et enchaîné par l’admiration, ces hommes de sang et de pillage étaient étonnés d’eux-mêmes et ne pouvaient s’expliquer comment ils avaient pu trouver un vainqueur dans cet étranger sans défense, dont ils étaient bien résolus pourtant à faire la proie et la victime de leur cruelle rapacité. Celui-là même qui avait levé le bras sur Martin pour le frapper embrassa la religion chrétienne et même devint moine. Il se plaisait à raconter dans la suite le fait providentiel qui avait donné lieu à sa conversion. C’est aussi dans ce voyage que le démon apparut à Martin sous une forme humaine et chercha à l’effrayer par des menaces. Mais le Saint n’eut pas plus peur de lui que des brigands des Alpes ; et les deux ennemis se promirent bonne guerre. L’un et l’autre tinrent parole ; mais le génie du mal fut toujours contraint de fuir devant l’homme qui était armé de la force de Dieu même.  

                        Nourri des instruction et inspiré du zèle de saint Hilaire pour la foi de Nicée, l’exorciste de Poitiers, avant de revenir dans les Gaules, combattit vivement les Ariens en Illyrie. Maltraité publiquement et chassé par ces hérétiques, il passa en Italie. Là, il apprit que saint Hilaire venait d’être exilé pour la foi, et se retira à Milan. Alors réalisant pour la première fois le rêve de son enfance, notre saint se fit un petit monastère où il vécut avec quelques disciples, entre autres Maurilius, dont le père était gouverneur de la Gault cisalpine, et Gaudentius, qui devint depuis évêque de Novarre. Il jouissait en paix du bonheur de servir Dieu dans la retraite, lorsque l’évêque arien Auxence, apprenant qu’il y avait dans la ville un moine, ardent défenseur de la divinité du Verbe et disciple d’Hilaire, entre en fureur, l’accable d’injures et de coups et l’expulse ignominieusement. Exilé dans son exile même, que va devenir Martin ? Les Gaules n’ont point d’attrait pour lui : Hilairie n’y est plus. Il prend, avec un saint prêtre qui s’était attaché à lui, la résolution de quitter le séjour des villes et de fuir même les lieux habités. Près de la côte de Ligurie (pays de Gênes) est une île déserte nommée Gallinaria ( ainsi appelée à cause du grand nombre de poules sauvages qu’on y avait trouvées. Elle se nomme aujourd’hui Isoletta  d’Albenga) C’est là qu’il va se cacher avec son compagnon, loin des hommes pour être plus près de Dieu, en attendant des jours meilleurs. Un incident étrange, dit la légende, marqua son entrée dans ce triste séjour. Beelzébud en avait jadis chassé les habitants et y régnait depuis en maître. A peine l’homme de Dieu eut-il mis le pied dans cette solitude, que le malin esprit, ne pouvant supporter sa présence, déserta la place avec des hurlements épouvantables, et se retira avec ses infernales légions dans un autre endroit d’où il fut encore expulsé. Ayant un jour mangé, sans le savoir, quelque plante vénéneuse dans son île inculte, car il ne vivait que de racines et d’herbes sauvages, le pieux solitaire fut réduit à la dernière extrémité. Mais il se recommanda aussitôt à Jésus-Christ ; et le divin Maître, qui réservait à de grandes choses son fidèle serviteur, lui accorda la faveur d’une guérison subite et complète. Il continua à passer, dans la retraite, dans l’oraison et les plus dures austérités, la vie qui venait de lui être miraculeusement rendue : préludant ainsi, seul avec Dieu et le saint prêtre qui s’était fait son imitateur, aux exercices  de cette vie monastique vers laquelle l’entraînait toujours le penchant de son cœur.

                        Enfin la persécution arienne s’était apaisée, et le grand évêque de Poitiers, l’Athanase de l’Occident, se hâtait de rentrer dans sa patrie dont il était le soutien, le flambeau et la gloire. Martin, à cette nouvelle, partit aussitôt pour Rome où il espérait le rencontrer. Mais Hilaire n’y est déjà plus. Le disciple alors vole sur les traces de son maître et arrive presque en même temps que lui dans la ville de Poitiers, heureuse d’avoir retrouvé un pasteur et un
Après avoir détruit les symboles idolâtriques, il dédia au vrai Dieu le temple de Saron et y éleva, sous le vocable de saint Pierre et saint Paul, un autel qui, dans la suite des siècles, fut toujours entouré du plus religieux respect. Plus tard, ce temple fut agrandi ; il devint la célèbre église de l’abbaye de Saint Martin d’Autun ; et le chœur de la basilique, construit à l’endroit où le paysan furieux qui avait voulu frapper le Saint tomba lui-même frappé d’une religieuse terreur, redit aux âges futurs le zèle de l’incomparable pontife, l’ascendant divin de sa sainteté, son passage en ces lieux et l’impérissable gloire que sa présence, ses œuvres apostoliques, son nom et son culte leur ont communiquée. Les paysans idolâtres, convertis par le miracle que Martin venait d’opérer auprès du temple de Saron, furent heureux dès lors d’aller en foule dans ce même endroit devenu pour eux à jamais  mémorable et cher, adorer Jésus-Christ leur sauveur, qui avait remplacé la sourde et insensible idole, misérable objet de leurs superstitieux hommages. L’ancien temple païen, transformé par l’illustre apôtre en église chrétienne et auquel se   rattachaient, avec le nom de Martin, des faits si prodigieux, devint dans tout le pays l’objet d’une grande vénération, et les saints évêques d’Autun ne manquèrent pas de l’entourer d’un éclat digne des précieux souvenirs qu’il rappelait aux fidèles. Continuons à suivre notre illustre missionnaire dans ses courses évangéliques près d’Autun.

                        Le paganisme, bien qu’agonisant sur la fin du IV° siècle dans presque toute la Gaule, conservait encore sur les monts sauvages et parmi les incultes habitants du Morvan des sanctuaires vénérés et des sectateurs d’une opiniâtreté qui paraissait désespérante. Mais nulle part le vieux culte gaulois n’était plus enraciné  qu’au Beuvray.  De toutes les parties du territoire d’Augustodunum, l’œil s’arrête sur cette montagne aux larges flancs couverts d’une vigoureuse végétation, à la crête brumeuse, souvent frappée de la foudre et enveloppée d’éclairs, et s’élevant à plus de huit cents mètres au-dessus du niveau des mers. Sa position dominante la fit occuper comme forteresse par les Gaulois d’abord ensuite par les Romains. De vagues souvenirs ont conservé jusqu’à nos jours, chez les populations simples qui vivent encore à ses pieds, la mémoire d’une place forte détruite et d’importants événements accomplis autrefois sur son plateau escarpé. Le paysan montre encore l’emplacement des grandes portes qu’on entendait, dit-il, de Nevers, à vingt lieues de distance, crier sur leurs gonds. Les villageois attardés, les bergers craintifs croient entendre, durant la nuit, quand le vent souffle dans les hêtres, des bruits inusités. La trompette éclate, une voix sonore commande les manœuvres, les chars s’ébranlent, les troupes courent à grand bruit sur les retranchements. Le Beuvray résume les grandes phases historiques des Eduens. Il était le principal théâtre de l’assemblée politique du printemps ; il vit sous Dumnorix et Divitiac, sous Cotus et Convictolitan, les premières luttes du parti gaulois et du parti romain ; il vit César et ses troupes prendre leurs quartiers d’hiver dans sa vaste enceinte fortifiée, derrière ses terrassements gigantesques. Après la destruction de la forteresse, les peuplades voisines continuèrent de fréquenter ce siége de leur antique nationalité, et leurs transactions importantes s’y réglaient encore au moyen âge comme au temps des Druides. Il y a quelques siècles à peine les baux et les fermages s’acquittaient aux assemblées populaires qui se tenaient depuis le temps des Gaulois dans ses vieux et grossiers retranchements. Aujourd’hui que la dernière habitation a disparu du Beuvray, les paysans, fidèles au rendez-vous séculaire, gravissent encore au commencement de mai la montagne de leurs ancêtres, consacrant par cette opiniâtre coutume le souvenir

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père. Combien fut vive la joie de ces deux Saints qui avaient appris à s’apprécier et à s’aimer, lorsqu’ils se jetèrent, après cinq ans d’exil, dans les bras l’un de l’autre ! Ils s’étaient séparés en versant des larmes ; au jour de la réunion ils en répandent encore ; mais cette fois de son des larmes de bonheur. Bientôt après, saint Hilaire connaissant le goût de son cher disciple pour la vie religieuse, lui céda une terre, à deux lieues et demie de la cité épiscopale, dans la vallée du Clain ; et Ligugé, le premier monastère des Gaules, fut fondé (362). Martin âgé de quarante sept ans, s’y enferma avec un nombre de disciples assez considérables pour former une communauté régulière qu’il gouverna sous l’autorité du saint évêque de Poitiers. Il était au comble de ses vœux : sa vie pourrait donc désormais se passer tout entière à entretenir des communications intimes avec le ciel et à préparer par les exercices de la vie monastique de dignes ministres de Jésus-Christ. Car le but de ces premiers moines, disciples de saint Martin était de travailler à leur perfection dans une vie de retraite, de piété et d’étude, pour se rendre capables de servir utilement l’Eglise, lorsqu’ils seraient appelés à exercer les fonctions du saint ministère et de l’apostolat. Notre saint rendit donc un immense service en établissant ces sortes de séminaires réguliers d’où sortaient des hommes solidement établis dans toutes les vertus pour aller, sur l’ordre des évêques, travailler à la conversion des âmes et faire l’œuvre de Dieu au milieu des peuples. Afin  de donner à ses disciples l’exemple de cette vie du religieux unie à la vie du missionnaire, il commença dès lors à faire ce qu’il fera jusqu’à son dernier jour. Il allait prêcher dans les campagnes encore pleines de pauvres idolâtres ; mais il revenait toujours avec empressement au monastère pour retremper son âme dans le calme et l’oraison.

 

                        La Providence, qui avait voulu l’employer à faire fleurir dans les Gaules l’ordre et la discipline monastique avec la vie sacerdotale, ne lui permit que de goûter le bonheur de sa chère solitude de Ligugé. Elle réservait sa haute vertu, son mérite éminent, sa grande âme et son zèle immense à un plus vaste théâtre. Et pour seconder puissamment l’importante mission à laquelle il allait l’appeler pour l’accréditer en quelque sorte auprès des peuples comme ambassadeur, le divin Maître lui communiqua dès lors au suprême degré le don des miracles. Car avant de quitter Ligugé, l’humble et modeste religieux en opéra plusieurs, entre lesquels l’histoire signale particulièrement la résurrection de deux morts. Bientôt la renommée de ses prodiges et l’éclat de son éminente sainteté franchirent l’enceinte tranquille où il pensait abriter pour toujours sa vie, en faisant obscurément le bien et cachant avec tout le soin possible les moindres actions capables d’attirer l’attention des hommes. Il était trahi. Déjà le bruit que faisait son nom volait au loin ; et il ne savait pas ce que sa réputation ou plutôt la  Providence lui préparait. Tours venait de perdre son évêque et avait jeté les yeux sur Martin. Une nombreuse députation de la ville partit donc avec le mandat d’aller le chercher, et au besoin de le ravir malgré toute une résistance. Mais le difficile était de l’attirer hors du monastère. Ruricius, chef de la députation, y réussit par adresse. Ayant fait arrêter sa troupe à quelque distance, il se détacha et alla seul à Ligugé. Là sans se faire connaître, il dit à l’homme de Dieu : « Ma femme est dangereusement malade et réclame votre assistance. Veuillez me suivre immédiatement ». Il savait bien que la charité avait tout pouvoir sur ce grand cœur et triompherait des résistances de l’humilité. Martin le suivit en effet. Heureux du succès de sa pieuse ruse, Ruricius s’empressa de le conduire au lieu où l’attendaient ses concitoyens. Le saint se vit aussitôt entouré à l’improviste, enlevé de force et emmené pour être placé sur le siège épiscopal que la mort récente de saint Lidoire venait de rendre vacant. A la vue du pauvre moine, quelques personnes firent les dégoûtées. « Quoi ! ce n’est que cela !... Comment trouver un évêque dans un homme d’un extérieur si humble et si négligé ? »  Il y eut même un parti formé contre lui ; mais le peuple et le clergé de Tours le voulaient à tout prix. Ils avaient raison et tinrent ferme. L’opposition eut honte devant la manifestation des vœux unanimes et se vit obligée de se soumettre. Martin aussitôt fut proclamé et sacré par les prélats réunis, le 4 juillet de l’an 372.

                        Ainsi tiré inopinément et malgré lui de sa solitude bien-aimée pour être élevé à l’épiscopat, notre Saint, pour unir autant que possible les avantages, les douceurs et les saintes austérités de la vie monastique aux devoirs de sa nouvelle dignité, mais aussi, mais surtout afin de former et d’avoir toujours sous la main des ouvriers évangéliques, capables de seconder son zèle, fonda près de sa ville épiscopale, sur la rive droite de la Loire, un monastère dont les cellules étaient construites en bois ou creusées dans les bancs du calcaire tendre de la Touraine. Telle est l’origine de la fameuse abbaye de Marmoutier ou le grand monastère par excellence, magnum monastérium ( il ne reste de cette magnifique abbaye qu’un portail dépendant de l’enceinte extérieure. Tout le reste, à l’exception de la chambre du saint Martin qui a été restaurée, a été rasé par celui à qui les révolutionnaires l’avaient vendu. Ce couvent est aujourd’hui habité par les religieuses de Sacré-Cœur.)

                        Il allait souvent rafraîchir son âme et passer tout le temps que lui laissaient les graves et nombreuses occupations de sa charge, dans cette sainte retraite, au milieu des religieux qui, sous sa direction, se préparaient au saint ministère, étudiant, copiaient des livres, vaquaient à la prière, au chant des louanges de Dieu et aux exercices de la pénitence, et n’en sortaient que pour aller exercer les fonctions de l’apostolat. Ce monastère devint comme un séminaire


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d’évêques : toutes les villes désiraient avoir des pasteurs missionnaires formés par saint Martin. Pour y conserver plus sûrement l’esprit religieux et apostolique, qui est un esprit de sacrifice fort exposé à se perdre au milieu des richesses, le saint évêque était inflexible à l’égard de la pauvreté. En voici un exemple :

                        Lyncontius, autrefois gouverneur de province, personnage aussi distingué par sa piété que par le haut rang qu’il occupait dans l’empire, lui écrivit un jour, le cœur navré, qu’une maladie contagieuse s’était déclarée dans sa maison et y faisait de grands ravages. Il le priait en même temps d’intercéder auprès de Dieu pour obtenir la cessation du fléau. Martin, touché de la douceur de son ami s’enferma aussitôt dans sa cellule, y resta sept jours et sept  nuits, jeûnant et priant. Il n’en sortit qu’après avoir fait en quelque sorte violence au ciel et obtenu la grâce qu’il demandait. Lycontius vint le remercier et lui offrit, comme un témoignage de reconnaissante, deux cents marcs d’argent. Mais le Saint ne permit pas qu’on retint pour son monastère la plus petite partie de cette somme. Il exigea qu’elle fût toute entière consacrée au soulagement des pauvres, et répondit à quelques-uns de ses disciples qui lui représentaient les besoins de la communauté : « Des religieux ne doivent avoir que le vêtement et la nourriture strictement indispensable. Or, l’Eglise », ajouta-t-il, « sera bien toujours en état d’y pourvoir, surtout lorsqu’on saura que nous méprisons les richesses ». -  Le trait suivant montre à la fois et le soin qu’il avait de conserver intactes les Règles monastiques et son habileté dans la conduite des âmes.

                        Un ancien militaire vint un jour lui demander à être reçu dans son monastère. « Etes-vous marié », lui dit le Saint ? – « Oui », répondit le soldat, - « Eh bien ! mon ami, je ne puis vous admettre ». – Mais ma femme est comme moi décidée à embrasser la vie religieuse ». – Martin, admirant de si beaux sentiments, finit par accueillir avec sa bonté ordinaire la demande du solliciteur, et après avoir suffisamment éprouvé les dispositions du couple pieux, il plaça la femme dans une maison qu’il avait établie pour les vierges consacrées à Jésus-Christ, et permit au mari de se construire une cellule près de celles des moines. Mais voilà que peu de temps après, le novice, prenant en dégoût l’état monastique, s’imagina que s’il pouvait avoir sa femme avec lui, il servirait Dieu avec plus de ferveur, parce que, dans sa pensée, tous deux s’exciteraient mutuellement à la vertu. Ce pauvre homme alla donc trouver le saint évêque et, lui ouvrant son cœur, exprima le désir d’avoir sa femme avec lui, si cela était possible . Martin, surpris d’une telle proposition, essaya de lui faire comprendre directement l’incompatibilité de sa demande avec la profession religieuse ; mais ce fut en vain. Alors, prenant un détour, il lui dit : « vous avez été soldat,  n’ est ce pas, et vous vous êtes trouvé sans doute plusieurs fois dans la mêlée ? » - « Oui », répondit l’ancien militaire. – « Eh bien ! mon ami, dites-moi, vous êtes-vous jamais avisé de mener avec vous votre femme au combat ? » En avez-vous même eu la pensée ? » - « Non, certainement ». – «  Et maintenant que vous êtes venu ici pour combattre les combats du Seigneur, vous voudriez l’avoir à vos côtés ? » Il n’en fallut pas davantage pour dissiper la tentation ; et le vétéran persévéra jusqu’à  la fin, sans éprouver de nouveaux dégoûts dans la vocation que Dieu lui avait inspirée.

                        Quelque soigneux qu’il fût de conserver dans toute son intégrité la discipline régulière, son zèle cependant était plein de douceur et de longanimité. Un jour il fut obligé d’adresser des reproches à un de ses disciples qui, à peine entré dans le clergé, oubliant les leçons du monastère, avait acheté des chevaux et menait la vie d’un séculier. Brice, c’était le nom de ce clerc mondain, de ce disciple  indocile et ingrat, reçut fort mal ses remontrances, quoique trop bien méritées et très paternelles . il lui répondit même avec  une brusquerie insolente : «  C’est bien à vous, qui avez perdu une bonne partie de la vôtre dans la licence des camps, à reprendre la conduite d’un homme qui a passé toute la sienne dans les exercices religieux et au service des autels ! » Le vénérable évêque, sans s’émouvoir, essaya de calmer ce malheureux et de le ramener doucement à des sentiments meilleurs. Mais ne pouvant y réussir par ses paroles, il alla se jeter à genoux pour demander à Dieu la conversion d’une âme si rebelle et pourtant si chère. Sa prière fut exaucée. Brice, changé subitement, revint en toute humilité demander pardon au saint Prélat qui, plein de joie, lui sauta au cou, l’embrassa tendrement, et tout fut oublié. Comme  quelques-uns des frères paraissaient se scandaliser de son indulgence :  « Voulez-vous », leur dit-il, « que je m’irrite pour des injures qui ne font de mal qu’à celui qui les a dites » ?  Et comme on le pressait quand même d’expulser le coupable du monastère : « Quoi ! » ajouta-t-il, « Notre Seigneur Jésus-Christ a bien voulu souffrir le traître Judas auprès de sa personne divine, et moi, qui ne suis qu’un misérable pécheur, je renverrais Brice repentant ! » Martin le plaignait et l’aimait trorp sincèrement pour pouvoir se fâcher et sévir contre lui. La bonté qu’il montra dans cette circonstance était d’autant plus admirable que ce n’était pas la première fois que le coupable mettait sa patience à l’épreuve en l’insultant grossièrement et le traitant de radoteur. Cet homme léger, orgueilleux et mondain, ne se corrigea point encore tout à fait. Mais plus tard, il changea complètement, succéda même à son admirable maître sur le siége de Tours et mourut en Saint.

                        C’est de ce monastère où il entretenait par son exemple et par sa sage direction la plus

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parfaite régularité, la pratique de toutes les vertus, que le saint évêque, après avoir puisé dans le commerce intime avec Dieu une ardente charité et un zèle infatigable, partait pour aller évangéliser son vaste diocèse. C’est là qu’il revenait prendre de nouvelles forces pour repartir encore. Dans ses courses apostoliques, il pénétrait jusqu’au fond des campagnes les plus reculées. Les pauvres paysans, grossiers, ignorants, et pour la plupart encore idolâtres, furent toujours le principal objet de ses soins. Il allait les chercher partout, les instruisait avec une aimable simplicité, les consolait avec une bonté touchante, les subjuguait par l’ascendant irrésistible que la parole évangélique avait dans sa bouche, par ses exemples surtout, par sa douceur, par sa sainteté appuyée du don des miracles ; et toujours sur son passage disparaissaient les anciennes superstitions du paganisme romain ou gaulois.

 

                        Amboise fut une des premières localités où le saint Pasteur alla exercer son zèle. Il y fit de nombreuses conversions, y fonda une Eglise et en donna le gouvernement à quelques-uns de ses disciples qui se réunirent en communauté et vécurent là, à peu près sous le même discipline que dans le grand monastère de Tours. Cultivée par ces dignes ouvriers, la vigne du Seigneur produisit des fruits au centuple. Toutefois, il était resté non loin de là un temple de forme conique, tout en pierres de taille, très solide et très élevé, où le peuple honorait une idole d’une grandeur extraordinaire. Martin, voyant que ce monument perpétuait dans le pays les souvenirs idolâtriques, recommanda à Marcel, supérieur de la petite communauté des clercs qu’il avait laissés dans la contrée, de le faire abattre. Mais le disciple, malgré tout son zèle, ne put exécuter l’ordre du maître. Alors  le saint évêque revint à Amboise ; et  convaincu qu’en effet il ne fallait compter pour la réalisation de son dessein que sur le secours du ciel, il se retira dans un lieu solitaire et passa la nuit en oraison. Or dès le lendemain matin un furieux ouragan renversa le temple et brisa l’idole. C’est ainsi que Dieu mettait les éléments à la disposition de celui qui ne travaillait que pour sa gloire et le salut des âmes. Que pouvait-il refuser à une foi si vive, à un zèle si ardent, à une prière si persévérante ?

                        Arrivant un jour dans un autre bourg de son diocèse ( appelé Leprosus. Peut-être le Louroux près de Manthelan ?), il y trouva un ancien temple très fréquenté. Comme il se préparait, selon sa coutume, à renverser les autels et les idoles, les païens, avertis de ce qui se passait, accoururent en foule et le chassèrent en l’accablant d’outrages. Alors, dit Sulpice-Sévère, il resta seul pendant trois jours, jeûnant et suppliant le Seigneur de vouloir bien éclairer ce pauvre peuple. Enfin deux envoyés de la milice céleste lui apparurent sous une forme humaine, armés de piques et de boucliers, et lui dirent : « Nous venons pour arrêter cette foule de païens qui ont opposé aux efforts de ton zèle une résistance si brutale. Va donc maintenant en toute assurance exécuter ton entreprise ». Martin, qui était prosterné la face contre terre, se leva aussitôt plein d’une ardeur céleste, renversa les autels et brisa les simulacres du culte idolâtrique, sans que les païens opposassent la moindre résistance. Se sentant comme enchaînés par une force divine, en présence de cet homme qu’ils avaient contraint de fuir devant eux trois jours auparavant, ils reconnurent en lui le ministre du seul Dieu véritable et tout-puissant, se convertirent et reçurent le baptême. – Une autre fois, après avoir mis le feu à un temple également très célèbre,  voyant la flamme poussée par le vent se porter en tourbillons sur une maison particulière qui était tout proche, il court, monte sur le toit de cette maison et défend à l’incendie de se propager. Aussitôt le feu prend une direction tout opposée à l’impulsion du vent et la maison en péril est sauvée.-  Comme il était occupé dans un lieu dont on ignore le nom, à renverser des idoles, tout à coup un homme se précipite vers lui pour le frapper d’un coup de couteau. Mais au même instant l’arme fuit des mains du fanatique et disparaît.- Dans chaque bourgade où il arrivait pour y abolir l’idolâtrie, Martin n’était pas toujours réduit à exécuter lui-même l’œuvre de destruction. Quand les païens refusaient obstinément de laisser abattre leurs temples, il se mettait à leur parler ; et souvent alors sa parole avait une telle puissance, que peu à peu la colère de ces hommes se calmait, la lumière de la vérité pénétrait même bientôt dans leur esprit. Enfin complètement changés et se tournant eux-mêmes contre l’édifice, ils le renversaient de leurs propres mains. Plus d’une fois le saint pontife fit ainsi la guerre et remporta la victoire avec les troupes mêmes de son ennemi.

 

                        Mais Dieu n’avait pas fait Martin si grand pour le seul diocèse de Tours. « Afin de perpétuer », dit Bossuet, « dans l’Eglise des Gaules la gloire que lui avait procurée saint Hilaire, le grand évêque de Tours fut élevé sous la discipline du grand évêque de Poitiers ; et cette Eglise, renouvelée par les exemples et les miracles de cet homme incomparable, crut revoir le temps des Apôtres : tant la Providence divine fut soigneuse de réveiller parmi nous l’ancien esprit et d’y raire revivre les premières grâces ! » Bientôt, en effet, la surnaturelle ambition que l’Esprit-Saint avait inspirée à cette âme sublime, se trouva trop à l’étroit dans les limites de l’Eglise de Tours. Après avoir visité et renouvelé son diocèse, l’homme de Dieu se sentit pressé d’étendre au dehors, jusque dans les provinces les plus lointaines, ses courses et ses travaux. Vêtu d’une pauvre tunique recouverte d’un manteau noir fait de poil grossier, monté sur un âne et emmenant avec lui comme auxiliaires quelques-uns


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de ses religieux, le voilà  qui part en pauvre missionnaire pour évangéliser les campagnes et y extirper les restes de l’idolâtrie ; car c’est là le lot qu’il a choisi, la tâche qu’il s’est imposée. Doué d’une activité prodigieuse comme son zèle, il parcourt presque toutes les provinces des Gaules, combattant partout et toujours en vainqueur le vieux paganisme qui fuyait, forcé d’aller au loin se cacher pour échapper à la poursuite et aux conquêtes de l’Evangile. Rien ne peut arrêter les pas de l’infatigable soldat de Jésus-Christ : ni les âpres montagnes de l’Avernie, ni les plages et les rochers sauvages de l’Armorique, ni les vastes forêts du pays des Carmutes (Chartres), ni le rude pays du Morvan, lointaines et dernières retraites du druidisme déjà chassé » des villes. Précédé de son immense réputation, entouré de l’éclat et fort de l’influence d’une vertu surhumaine, n’ayant d’autres armes que la parole de Dieu, la croix, la prière, la pénitence, une charité sans bornes, une foi à transporter les montagnes et le pouvoir divin d’opérer des prodiges : partout, nouveau et pacifique conquérant, il attirait,, il soumettait les populations à l’empire du divin Maître. Partout il étouffait dans leur berceau les superstitions celtiques, renversait les arbres sacrés, restes du fétichisme primitif, les temples, les autels et les statues des faux dieux ; ayant soin d’élever à la place une église, un oratoire, une cellule, où il laissait, selon les circonstances, un ou plusieurs religieux pour soutenir son œuvre ou plutôt l’œuvre de Dieu, et cultiver le mystérieux grain de sénevé qu’il avait semé en passant. Saint Martin passe pour le premier qui dans la province de Tours et peut-être même dans toute la Gaule, ait établi des paroisses rurales, ce qui a surtout contribué à le faire regarder comme l’apôtre des campagnes.

                        C’est ainsi que par une profonde intelligence de la nature humaine, afin de gagner plus facilement les peuples et favoriser la propagation de la foi, il n’oubliait pas de conserver autant que possible à tel temple, à tel autel,  à tel lieu, la célébrité que leur avaient faite la superstition et le concours des païens : ayant soin de substituer dans le même endroit, aux ridicules et criminelles pratiques de l’idolâtrie, les belles et pures cérémonies, les fêtes sanctifiantes, les pompes sublimes du culte chrétien, le sacrifice non sanglant de l’adorable victime.

                        Suivons Martin jusqu’à Trèves où il avait été obligé de se rendre pour traiter avec l’empereur Valentinien 1° quelque affaire importante, qui sans toute intéressait l’Eglise ou la charité. Le prince, prévenu contre le grand évêque par Justine, son épouse, infectée d’arianisme, et résolu d’avance à ne rien accorder, lui fit interdire l’entrée du palais. Notre saint, après plusieurs tentatives infructueuses, eut recours à ses armes ordinaires, la prière et la pénitence, pour vaincre cette résistance, qui se dérobe, et pour gagner à sa cause celui « qui tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ». Après  sept jours et sept nuits d’oraison et de jeûnes, il eut la vision d’un ange. « Rends-toi sans crainte au palais », lui dit le messager céleste, « les portes te seront ouvertes, et l’empereur, si farouche qu’il soit, s’adoucira ». Sortant aussitôt de sa cellule où il s’était enfermé pour gémir devant Dieu, il courut avec une sainte confiance à la demeure impériale, trouva en effet l’entrée parfaitement libre et put pénétrer jusqu’à Valentinien. Ce prince, d’un caractère excessivement violent, ne daigna pas d’abord se lever et entra même en fureur. Mais tout à coup vaincu et changé par une secrète et divine influence, il se jeta au cou du pontife, prévint sa demande, lui accorda même plusieurs autres audiences, voulut l’avoir comme convive et lui offrit enfin de riches présents, mais sans jamais pouvoir les lui faire accepter. Les sentiments de vénération qu’il éprouvait pour l’homme de Dieu s’accrurent encore de toute son admiration pour un tel désintéressement.

 

                        Dans une de ses missions évangéliques, Martin, après avoir fait démolir un temple fort ancien dans un lieu dont l’histoire n’a pas conservé le nom, et mis en pièces les statues des dieux, voulut aussi qu’on abattit un arbre sacré, voisin du temple. Le prêtre des idoles détruites et quelques païens s’y opposèrent violement. Mais voyant que l’Apôtre insistait, ils lui dirent : « Eh bien nous allons couper l’arbre, à condition que tu le recevras dans sa chute. Tu ne dois rein craindre : le Dieu que tu prêches et en qui tu as tant de confiance sera sans doute assez puissant et assez bon pour te protéger ». Le saint invoque le Seigneur et, inspiré d’en haut, accepte la proposition. On le place du côté où l’arbre penche. Les coups de hache retentissent. Bientôt le pin chancelle ; déjà il s’incline sur la tête de Martin ; mais un signe de croix fait par le serviteur de Dieu, il se relève soudain, comme repoussé par un vent violent, et va tomber du côté opposé.

                        Saint Martin, passant par le pays éduen, l’évangélisa et vint jusqu’à Autun prier sur le tombeau de saint Symphorien, visiter le saint évêque Simplice et le seconder dans ses efforts pour la destruction des restes de l’idolâtrie. C’est alors que ces pieds vénérables foulèrent ce sol sanctifié par son zèle, illustré par un de ses miracle et honoré depuis de son nom immortel. Non loin de l’ancienne porte où aboutissait la voie de Langres, tout près de la petite cellule qui renfermait le corps de saint Symphorien, s’élevait un temple en l’honneur de Saron, roi fabuleux des Gaules, petit-fils de Samothès dont les Gaulois, d’après César, prétendaient tirer leur origine, renommé pour son savoir et fondateur de certaines écoles, d’où une secte de Druides avait pris le nom de saronides. Ces Druides saronides tenaient, au milieu


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des forêts sacrées qui couvraient les hauteurs voisines d’Autun, une sorte de collège fameux où de toute parts la jeunesse venait étudier la religion et la philosophie. Cet antique temple de Saron, qui avait survécu à la proscription des Druides, était alors peut-être le dernier refuge du paganisme vaincu. Martin l’a vu en allant prier dans l’église du cimetière et vénérer les reliques de Symphorien. Aussitôt il s’y rend et n’hésite point à faire là ce qu’il a fait partout, même au péril de sa vie. Saisi d’indignation à la vie de cet outrage permanent à Jésus-Christ, il entre dans le temple, poussé par l’’ esprit de Dieu, et renverse, transporté d’un saint zèle, la statue et l’autel sacrilèges. Aussitôt une troupe furieuse de païens armés se précipite sur lui en poussant des cris sauvages, pour défendre et pour venger l’idole. Déjà l’un deux, plus hardi, plus violent, plus exaspéré que les autres, sort du milieu de cette foule irritée et s’élance l’épée à la main sur l’apôtre. Celui-ci, sans s’émouvoir, rejette son manteau en arrière et présente la gorge nue au glaive du meurtrier. Déjà ce misérable fanatique lève le bras pour le frapper. Mais soudain il tombe à genoux au pieds du saint évêque, comme terrassé par une force invisible, tremblant de crainte, saisi de respect, demandant pardon, et sans doute converti. Nous n’avons pas besoin de dire avec quelle charité Martin se relève et le rassure, avec quelle joie il lui pardonne. On peut bien présumer qu’un tel évènement toucha aussi les autres infidèles et que le thaumaturge en profita pour les instruire et les amener à la foi.

                 

 

 

                        des anciennes assemblées religieuses et politiques et celui de l’existence du rempart national.

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Michelpaulandrepotironpaquinet - dans Religion
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 15:11

 Le plateau élevé du Beuvray était en même temps le centre de la religion et comme le sanctuaire des divinités celtiques. Derrière ce boulevard des tribus de la vallée s’abritait encore, à l’époque de saint Martin, un culte en harmonie avec l’esprit des peuples enfants. Ce qui les frappe, en effet, c’est toujours la grandeur et la force dans la nature comme dans les hommes. Les hauts lieux, les grands arbres, les rochers, les fontaines, tous les éléments apparents du monde, tout ce qui étonne l’ignorance : tels sont les dieux qui prennent vie dans leur imagination. Le druidisme, qui déifiait ainsi toutes les forces de la nature, avait bien choisi sa position. Le sommet du mont Beuvray semblait en effet marqué d’avance pour un pareil culte. Tantôt voilé de toutes les brumes du Morvan, tantôt livrant à l’œil un espace sans bornes qui embrassait presque tout le territoire et la confédération éduenne, il devenait forcément le centre religieux comme le centre politique de la cité. De tous les points de la contrée, la demeure des Dieux protecteurs apparaissait dans sa puissance majesté et résumait l’unité des tribus. Le sanctuaire druidique était sorti complet du sein de la nature : il ne fallait qu’en prendre possession. Pour cette religion matérielle, quel lieu plus convenable et plus frappant, plus magnifique et plus grandiose ? De hautes montagnes, de toutes parts une vue immense, de grands aspects, une grande force de végétation, de grands arbres, des forêts vénérées, des fontaines qui donnent de vives et abondantes eaux, des rochers qui dressent çà et là leurs têtes abruptes. Là, au sein des bois et du silence, les prêtres gaulois célébraient leurs sombres mystères et donnaient leurs leçons sur le culte de la nature. Après la conquête, chassés d’abord par le polythéisme romain, et plus tard discrédités par le christianisme qui devenait la religion dominante, ils s’obstinèrent à rester, comme dans un dernier asile, sur ces montagnes où en effet le paganisme a laissé des traces si profondes, que les populations voisines conservent, même de nos jours, quelques usages qui rappellent, avec une incroyable ténacité, sous une transformation chrétienne, l’ancien  culte des fontaines et des rochers.

 

                  





 
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                        A la religion druidique vint se joindre sur le Beuvray conquis la religion plus riante et plus voluptueuse des conquérants. Les légions romaines, comme exilées sur ce sommet glacé, y transportèrent pour égayer leur séjour les dieux et les fêtes de l’Italie. Le culte de Flore, célébré par des danses et des chants dissolus, fit accourir, lors de la décadence du druidisme ou simultanément avec lui, les populations voisines. Ces fêtes où l’on ornait de verdure, de fleurs et de banderoles la statue de la déesse, s’acclimatèrent avec la facilité que rencontrent toujours les doctrines flatteuses pour les passions ; et il semble que leurs dernières traces n’ont pas encore entièrement disparu. Les promeneurs qui se rendent au Beuvray, le premier mercredi de mai, ignorent sans doute qu’ils font une ascension traditionnelle ; qu’ils continuent, après dix-huit siècles, la célébration des




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des idoles. (

fêtes de Flore, indiquées à cette époque dans le calendrier antique. Le druidisme et le polythéisme romain vécurent ainsi côte à côte, avec leurs adeptes séparés ou réunis, durant les trois premiers siècles de l’ère chrétienne. Au quatrième, apparaît un nom qui opéra une révolution dans les campagnes, et en particulier dans le pays éduen.   

                        Après l’éclatante mais périlleuse victoire qu’il venait de remporter à la porte de la cité sur le paganisme, Martin ne pouvait laisser debout si près de lui, au sommet du Beuvray qui se dressait à ses regards, les autels et les statues des dieux. Les difficultés, l’escarpement des pentes, les sombres forêts, l’aspect sauvage des lieux, la réputation de cruauté et de barbarie des peuplades voisines, rien ne peut arrêter l’intrépide et infatigable conquérant des âmes. Il s’avance vers ce nouveau champ de bataille monté sur son âne, sans autre escorte qu’un guide, et avec ses armes ordinaires, la croix, la parole évangélique, la prière et la confiance en Dieu. Que se passa-t-il sur la montagne ? La tradition locale nous apprend que, pendant qu’il évangélisait au pied d’une roche druidique des paysans endurcis, il faillit être encore, comme près des murs d’Autun, victime de son zèle. Cette troupe fanatique et ameutée allait le lapider : il fallut sans doute que Dieu fît un nouveau miracle pour le sauver et en même temps pour féconder son zèle. Tout dans ces lieux atteste les heureux résultats qu’il y obtint, l’impression profonde qu’y laissèrent, sa présence, ses prédications, sa mémoire, ses  œuvres et probablement quelque fait prodigieux. Le passage du Saint n’a pu rester si populaire, si fortement imprimé sur le sol même, que par suite d’un événement qui aurait assez vivement frappé les imaginations pour qu’elles ne l’aient jamais oublié. Les villageois, qui apprennent peu mais n’oublient rien, montrent encore l’endroit où fut poursuivi le célèbre missionnaire et la trace des pieds de son humble monture ( la roche du Pas-de-l’Ane que montrent encore les paysans sur les flancs du Beuvray. Saint Martin, disent-t-ils, poursuivi par les païens, fit franchir une profonde vallée à son âne qui alla s’abattre sur cette roche où son pied est resté empreint. On voit en effet sur la pierre une image grossière du pied de cet animal.) Le lieu a même conservé un nom en rapport avec l’événement ; on l’appelle le Malvaux ou mauvaise vallée.

                        Le nom de saint Martin est resté attaché à une fontaine ( cette fontaine avait dû être, avant de porter le nom de Saint-Martin, l’objet d’un grand culte de la part des païens ; car aujourd’hui encore les paysans morvandeaux du pur Morvan déposent encore mystérieusement sur ses bords des œufs et des pièces de monnaie pour perdre la fièvre.) consacrée primitivement à certaines fées ou déesses invoquées par les nourrices pour obtenir du lait, et à un oratoire dédié sous son invocation, qui remplaça de bonne heure, sur le sommet de la célèbre montagne le temple

( l’oratoire de Saint-Martin, au Beuvray, était devenu le but d’un pèlerinage où se rendait la foule, non seulement au mois de mai, mais encore aux deux fêtes du Saint, et les nombreuses offrandes des fidèles en formaient le principal revenu.)  Cette chapelle de Saint-Martin, substituée au sanctuaire païen, exista jusqu’au dix-septième siècle ; mais la vénération populaire a survécu à sa ruine.

                        Les courses apostoliques, les prédications, les miracles de saint Martin, joints aux persévérants efforts du zèle de Simplice, évêque d’Autun, opérèrent dans toue le pays une complète transformation religieuse. Dès lors, dans les lieux où le culte des fontaines, des arbres, des rochers ou des divinités romaines, telles que Flore et autres, attiraient les populations, on établit de pieux pèlerinages en l’honneur de quelque Saint. Les fêtes anciennes furent moins abolies que métamorphosées, épurées, surnaturalisées et rendues chrétiennes : le pieux concours des fidèles remplaça les profanes assemblées des anciens adeptes du polythéisme. Presque partout où précédemment le culte païen avait eu un centre, le christianisme éleva une chapelle, afin de combattre par la prière, par le culte élevé, pur et sanctifiant de Jésus-Christ, de sa mère et de ses Saints, les symboles matériels ou les jouissances grossières consacrées par l’idolâtrie. C’était la substitution de la vérité à l’erreur, des vertus aux vices, de l’esprit à la matière, du sacrifice à la sancualité. C’était enfin la résurrection de la dignité humaine. Telle était la pratique de saint Martin, le grand apôtre des campagnes.

                        L’illustre missionnaire du pays éduen, après avoir accompli sa sainte mais dangereuse mission au Beuvray et dans les environs, descendit par l’autre versant de la montagne, en suivant la voie romaine qui se dirigeait vers les Eaux-de-Nisiné, pour aller dans le Bazois renverser un fameux temple de Diane situé au milieu des forêts. Dans ces lieux, la tradition a conservé toujours très vivace le souvenir de son passage à travers ces campagnes, et les peuples ne prononcent son nom qu’avec  une vénération touchante. Là aussi, comme au Beuvray, des monuments religieux où il se fait encore des pèlerinages, attestent et sa présence et le souvenir de son immortel apostolat. Le grand nombre d’abbayes, d’églises, de chapelles placées sous son vocable, et même de familles qui dans ces contrées portent le nom de Martin, ne semble-t-il pas attester que le grand thaumaturge a passé par là ?  Les dévotions des paysans, les traditions populaires peuvent paraître méprisables à quelques esprits forts, à quelques demi-savants ; mais elles n’en sont pas moins significatives, car la tradition est le livre du peuple, surtout du peuple des campagnes, qui le conserve d’autant mieux que souvent il n’en a pas d’autres, et chez lequel se transmet perpétuellement l’histoire du sol où il est comme attaché et où il a toujours vécu.

                        Comme il allait à Chartres, autre centre du druidisme, après son retour d’Autun, les habitants d’un village situé sur sa route accoururent tous, quoique idolâtres, pour voir un homme d’une telle réputation. Touché d’une profonde pitié pour ces pauvres gens et levant les yeux au ciel avec une ineffable expression de zèle et de tendresse, il pria Dieu de vouloir bien les éclairer. Ensuite il parla avec tant de force et d’onction, que le Saint-Esprit lui-même, dit l’historien, parlant certainement par sa bouche. Aussi ses auditeurs étaient déjà ébranlés, lorsque Dieu se chargea d’achever l’œuvre que la prédication avait commencée, en secondant les efforts de son ministre par un éclatant prodige. Une femme qui venait de perdre son fils unique le déposa devant le Saint en lui criant baignée de larmes : « Ah ! rendez la vie à mon enfant ! O ami de Dieu ! vous le pouvez ». Martin, voyant qu’un miracle dans cette circonstance aurait les plus heureux résultats pour la conversion de ce peuple inculte qui ne comprenait bien que la voix des faits, se mit en prières. Puis, en présence de la foule attentive et avide de savoir ce qui allait arriver, rappelant l’enfant à la vie, il le rendit à sa mère dont l’étonnement n’était surpassé que par la reconnaissance et la joie. A la vue d’un si grand miracle, tous se jetèrent au pieds du Saint en criant d’une voix unanime et avec enthousiasme : «  Nous ne voulons plus d’autres dieux que le Dieu de Martin », et le conjurèrent de rester au milieu d’eux pour achever leur instruction. Quelques jours après, le baptême en avait fait autant de chrétiens ; et le Saint reprit sa route comblé de ces consolations célestes que  ceux à qui il est donné d’enfanter des âmes pour Jésus-Christ peuvent seuls, connaître et goûter. Ce miracle fit beaucoup de bruit dans toute la contrée et y laissa un long souvenir. On voyait même autrefois à Chartres une église que la piété des fidèles avait élevée pour perpétuer la mémoire d’un fait si prodigieux. Elle était sous l’invocation de saint Martin donnant la vie, S.Martini vitam dantis.  Pendant qu’il était dans cette ville avec saint Valentinien, l’évêque diocésain, et saint Victrice, évêque de Rouen, un homme vint lui présenter sa fille, muette de naissance, et le pria de la guérie. Martin lui dit, en montrant les deux évêques qui étaient présents : « adressez-vous à ceux-ci : ils sont plus puissants que moi auprès de Dieu ».   Alors un combat d’humilité s’engagea entre les trois prélats et dura assez longtemps. Enfin l’évêque de Tours fut obligé de céder. Il se mit donc en prières selon sa coutume, puis bénit un peu d’huile, en versa quelques gouttes dans la bouche de la jeune fille et lui dit : « comment s’appelle votre père ? » Elle répondit distinctement à cette question : elle était guérie.

                        Un homme haut placé dans le monde, nommé Evance, excellent chrétien, ami de Martin et oncle de Gallus, un de ses plus chers disciples, fut





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atteint d’une maladie extrêmement grave. Voyant que tous les remèdes étaient impuissants, il fit appeler le saint évêque. Celui-ci aussitôt épancha son âme devant Dieu par une ardente prière, puis se hâta de se rendre où la charité et l’amitié l’appelaient. Avant d’avoir fait la moitié du chemin, il trouva ale malade parfaitement guéri qui venait à sa rencontre et qui voulut l’emmener chez lui. Pendant que le Saint était dans cette maison, un des serviteurs fut mordu par un reptile d’une espèce très dangereuse et réduit bientôt à l’extrémité. Evance, plein de confiance et de foi, prit le malade sur ses épaules et le porta presque mourant à celui qu’il avait le bonheur de nommer son hôte et son ami. L’homme de Dieu, levant les yeux au ciel, toucha du doigt la plaie. Dans un instant, l’enflure eut disparu, et le pauvre serviteur, qu’on regardait déjà comme mort, se leva plein de santé.

                      Voici  encore un trait qui va nous montrer la charité de Martin récompensée par un miracle. Le comte Avitien, précédemment gouverneur de l’Afrique sous Julien l’Apostat et célèbre par sa cruauté, venait d’arriver à Tours pour punir du dernier supplice plusieurs citoyens qui s’étaient attiré la colère de l’empereur. La sentence venait d’être prononcée, et toute la ville gémissait dans l’épouvante et la consternation. C’était le soir, et l’exécution des malheureux condamnés devait avoir lieu le lendemain matin. Cette triste nouvelle ne parvint au saint Pontife que pendant la nuit. Soudain, et sans hésiter un instant, il se lève, il court chez le terrible comte. Après avoir heurté longtemps, mais en vain, parce que tous les gens de la maison étaient endormis, il se souvient que la prière lui a déjà ouvert le palais de Valentinien, se jette aussitôt à genoux sur le seuil de la porte et prie avec ferveur. Sa confiance en Dieu ne fut pas trompée. Au même moment, Avitien entendait une voix qui lui disait d’un ton sévère : « Quoi ! c’est ainsi que tu dors pendant que le ministre de Dieu est à ta porte ! » Eveillé en sursaut et tout tremblant, il appelle ses serviteurs et leur ordonne d’aller vite ouvrir la porte à l’évêque. Ceux-ci se croyant dans l’illusion d’un songe ne font aucune attention aux paroles de leur maître. Bientôt la même voix se fait entendre de nouveau et parle d’une manière plus pressante encore. Cette fois le comte court lui-même ouvrir, et trouvant le Saint en prière, il lui dit :  « Seigneur, pourquoi en avez-vous usé ainsi avec moi ? Je vois bien ce que vous désirez. Ne pouviez-vous pas m’adresser votre requête sans vous donner la peine de venir ici vous-même et à cette heure ? Mais au moins vous ne serez pas venu inutilement ».  Et aussitôt appelant ses officiers de justice, il leur ordonne de mettre immédiatement en liberté tous les condamnés dont le bon Pasteur était venu lui demander la grâce.


 

                        Dans un de ses voyages, Martin rencontra sur une chaussée étroite un chariot appartenant au gouverneur de la province. A la vue du long manteau noir qui l’enveloppait lui et son humble monture, les chevaux s’effarouchèrent et faillirent renverser le chariot. Les soldats qui conduisaient le véhicule se jetèrent furieux sur l’auteur involontaire de l’accident et l’accablèrent, sans le connaître, d’injures et de coups. Le saint n’opposa à tant d’outrages et de violences qu’une douceur et une patience inaltérables. Les soldats qui l’avaient ainsi maltraité, voulant ensuite continuer leur route, eurent beau presser leurs chevaux, les stimuler de toutes manières, ces animaux s’obstinèrent à ne point vouloir faire un pas, et le chariot resta dans une immobilité désespérante. Ne pouvant s’expliquer un fait si étrange, ils demandèrent aux passants le nom de cet homme qu’ils venaient de rencontrer. Apprenant que c’était l’évêque de Tours, ils ne doutèrent plus que cette extraordinaire obstination de l’attelage ne fût une punition de leur indigne conduite. Pénétrés de honte et de regrets, ils se mirent à courir après l’innocente victime de leur brutalité et tombèrent à ses pieds, en lui demandant humblement pardon. Martin, touché jusqu’aux larmes, les releva avec une paternelle bonté et pris pour eux. Ensuite, revenant à l’endroit où le chariot était resté immobile, les soldats trouvèrent les chevaux parfaitement dociles, et le voyage s’acheva heureusement. C’est ainsi que les Saints savent se venger.

                        Dans le pays des Sésonais il y avait un bourg dont chaque année le territoire était complètement ravagé  par la grêle. Les habitants désolés résolurent de s’adresser à Martin pour implorer son assistance. Ils lui députèrent donc Auspicius, qui avait été préfet du prétoire et dont les terres étaient habituellement les plus maltraitées. Le Saint accueillit cet homme illustre et malheureux avec sa bonté ordinaire, et se rendit avec lui au milieu de la population qui l’attendait toute tremblante dans la crainte de nouveaux  désastre. Arrivé sur les lieux, il fit sa prière, et le pays fut dès lors préservé du fléau qui depuis longtemps y répandait la famine et le désespoir.

 

                        Une autre fois, comme  il approchait de Paris où l’avait précédé son immense renommée, le








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peuple instruit de cette nouvelle, qui était un véritable événement , se porta en foule à sa rencontre. L’humble et saint évêque s’alarmait d’un tel empressement ; mais tandis qu’il s’abaissait dans son cœur, Dieu voulut l’élever encore davantage aux  yeux du monde en ajoutant à ces honneurs qui lui venaient des hommes une gloire céleste et plus éclatante. A la porte de la ville se trouva un malheureux couvert d’une lèpre affreuse, dont chacun évitait avec soin le contact et même la vue. Mais la charité remplissait trop l’âme de Martin pour y laisser une place à cette répugnance naturelle. Il s’approcha du lépreux étonné, et, sans se douter qu’il faisait un acte héroïque, il le prit par la main, le baisa et lui donna sa bénédiction. A l’instant même le hideux mal disparut ; et pour conserver la mémoire de ce   double miracle de la charité du thaumaturge et de la guérison du lépreux, on bâtit dans ce lieu une chapelle qui porta dans la suite le nom du grand évêque de Tours. ( cette chapelle était au bout du pont nommé aujourd’hui le Pont-au-change) .  A la porte d’Amiens, le Saint avait donné la moitié de son manteau ; A la porte de Paris il fit plus, il se donna pour ainsi dire lui-même. Du reste, ce n’est pas la seule fois que des lépreux reçurent de sa bonté une pareille marque de tendresse et leur guérison. Sulpice-Sévère rapporte que notre Saint fit à Paris plusieurs autres miracles. Souvent le seul attouchement de ses habits, de son cilice ou de ses lettres suffisait pour guérir.

 

                        Arborius, ancien préfet de Rouen, honorable chrétien plein de foi et de piété, avait sa fille malade d’une fièvre quarte rebelle à tous les remèdes. S’étant souvenu qu’il possédait une lettre de Martin, il l’appliqua sur la poitrine de sa jeune enfant. La fièvre disparut immédiatement et ne revint plus. Le père, vivement frappé de ce prodige et en même temps pénétré d’une pieuse reconnaissance, ne regarda plus dès lors comme lui appartenant une fille qui venait d’être l’objet d’un si grand miracle : il la voua au Seigneur, afin qu’elle pût employer uniquement à son service une santé divinement recouvrée. Et désirant que celui qui avait été l’instrument de sa guérison fût aussi l’instrument de sa consécration à Dieu, il la conduisit à Tours, heureux de la remettre aux mains du saint Pontife qui fut heureux lui-même de donner cette nouvelle épouse à Jésus-Christ.

                        Mais voici une autre guérison miraculeuse qui eut lieu à Trèves. Un homme alla un jour le trouver à l’Eglise, se jeta à ses pieds, et d’une voix entrecoupée de sanglots : « Ma fille », s’écria-t-il, « est l’agonie. Déjà elle a perdu la parole ; elle va mourir, seigneur, si vous ne venez à son secours ». – « Mon ami », lui répondit le Saint qui semblait devenir plus humble à mesure qu’il devenait plus grand, « une telle guérison n’est pas au pouvoir d’un homme, et je ne mérite pas que Dieu se serve de moi pour manifester sa bonté toute puissante ». Ce pauvre père fondant en larmes insista vivement. Enfin le vénérable Prélat, ému de compassion et mettant toute sa confiance en Dieu, se rendit à la maison de la mourante, où une foule de peuple l’accompagna. Après être resté prosterné quelque temps le visage contre terre, il demanda de l’huile , la bénit, puis s’approchant de la jeune fille, il lui en versa quelque peu sur la langue. Aussitôt la malade recouvra la parole et ne tarda pas à se lever guérie. Le peuple éclata en transports d’admiration, bénissant le nom de Martin et rendant grâce à Dieu qui, pour la consolation des fidèles et la conversion des païens, opérait de si grandes choses par l’entremise de son fidèle serviteur. Cette guérison suivie de plusieurs autre miracles, fit tant de bruit à Trèves que les idolâtres eux-mêmes eurent plus d’une fois recours dans leurs nécessités au thaumaturge chrétien, et que plusieurs embrassèrent la foi, entre autres Tédradius, un des citoyens les plus distingué&s de la ville.

                        Pendant une de ses visites pastorales, il arriva un soir très fatigué dans une paroisse. Les clercs de cette église lui préparèrent un lit dans une cellule, près de la sacristie. Ce lit, digne de l’Apôtre du Dieu-Homme né dans une étable, consistait dans un amas de paille qui couvrait le plancher. Martin, trouvant cette pauvre couche encore trop molle pour lui, écarta la paille et s’endormit, comme d’habitude, sur son cilice. Or, cette paille amoncelée trop près du foyer s’enflamma tout à coup au milieu de la nuit. Le saint évêque, réveillé en sursaut, courut aussitôt à la porte de la cellule, mais il ne put l’ouvrir, et se vit bientôt tout environné de flammes. Déjà même ses habits prenaient feu, et il allait infailliblement périe. Que faire dans cet extrême danger, privé de tout secours humain ? Il s’adressa au Dieu qui l’avait accoutumé aux prodiges. A l’instant même la flamme s’éloigna comme si elle eût reçu l’ordre de respecter le digne ministre du Tout-puissant. Cependant les clercs, éveillés enfin par le bruit ou la lueur de l’incendie, accoururent aussitôt, enfoncèrent la porte, tout tremblants, et croyant trouver leur saint évêque à demi consumé. Quelle furent leur surprise et leur joie de le voir au milieu des flammes, plein de vie, priant et louant Dieu, comme les trois jeunes Hébreux dans la fournaise !

                        Traversant l’Auvergne, il s’arrêta à Arthonne ( bourg d’environ 1500 habitants entre Riom et Aigueperse, à six lieues de Clermont ) , pour prier sur le tombeau d’une pieuse vierge nommée Vitaline, morte depuis peu en odeur de sainteté. Là, comme il lui demandait si elle jouissait de la vie de Dieu, Vitaline répondit que ce bonheur lui était différé, parce qu’elle avait mis quelquefois un peu trop de recherche à se laver le visage. Tant il est vrai que, d’après l’Evangile, il nous sera demandé compte des plus petites choses, au tribunal de celui qui juge les justices mêmes. Après avoir signalé son passage à Arthonne par plusieurs guérisons miraculeuses, le Saint se rendit dans la capitale des Arvernes (Clermont). Mais ayant aperçu de loin les magistrats et les principaux de la ville qui venaient au-devant de


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lui, il rebroussa chemin pour échapper à un triomphe dont s’alarmait son humilité ; et les plus vives instances ne purent le déterminer à entrer dans la cité qui lui préparait une réception si pompeuse. Tout ce qu’on put obtenir de lui, c’est qu’il imposât les mains aux malades. Il le fit, et à l’heure même la santé leur fut rendue. Le lieu où il s’arrêta devint sacré : on l’entoura d’un treillis qui se voyait encore au sixième siècle. Etant revenu à Arthonne, il alla visiter une seconde fois le tombeau de la vierge Vitaline et lui dit : « Réjouissez-vous, ma bien-aimée sœur ; dans trois jours vous jouirez de la gloire des Saints ! » En effet, le troisième jour, la Sainte apparut à plusieurs personnes qui reçurent alors les grâces qu’elles avaient demandées par son intercession, et leur indique même le jour où l’on devait honorer sa mémoire.

                        On lit encore dans l’histoire, sans compter les nombreuses guérisons d’énergumènes, les prophéties, les visions, les révélations de toute sorte, le récit de quantité d’autres miracles par lesquels il plut à Dieu d’autoriser la parole de son serviteur. Parmi cette multitude de miracles accordé encore à la prière de l’apôtre, citons entre autres la guérison de saint Paulin de Nole. Cet illustre évêque souffrait depuis longtemps d’un violent mal d’yeux. Martin le rencontra à Vienne avec saint Victrin, lui toucha les paupières et le mal disparut.

                        Pendant que notre Saint remplissait les Gaules de la renommée de ses vertus et de ses prodiges, promenait partout son infatigable apostolat, annonçais Jésus-Christ aux pauvres habitants des campagnes et travaillait avec une activité aussi prodigieuse que ses succès à faire disparaître les derniers restes de l’idolâtrie, l’empire d’Occident était agité de violentes secousses, et l’Eglise désolée par une nouvelle hérésie. Maxime, proclamé empereur dans la Bretagne par les légions romaines accoutumées, dans ces temps de décadence, à faire au gré de leur caprices des révolutions et des souverains, passa en Gaule, y fut reconnu par l’armée, établit son siège à Trèves et défit, près de Paris, Gratien qui fut trahi par ses propres soldats. Dans le même temps, les Priscillianistes infestaient du poison de leurs vices et des plus affreuses doctrines l’Espagne et le midi des Gaules. Fils des Gnostiques et des Manichéens, et précurseurs des Albigeois, ils sapaient l’édifice de la morale et des dogmes du christianisme par des erreurs fondamentales relatives à l’origine des âmes, à le résurrection des corps, au mystère de la sainte Trinité, à la divinité de Jésus-Christ et à la sainteté du serment, cachant sous un extérieur de piété austère les plus infâmes turpitudes.

                        Martin crut que la charité pour le prochain et le zèle pour la gloire de Dieu lui faisaient un devoir de se mêler de ces grandes et tristes choses qui troublaient à la fois le monde et l’Eglise. Ange de paix aussi bien qu’apôtre, ministre du Dieu d’amour et d’une royauté qui n’est pas de ce monde, étranger à la politique eu aux choses d’ici-bas ; mais désireux de guérir au moins quelques-unes des plaies, de sauver quelques-unes des victimes que font toujours les révolutions en passant sur le monde, il se hâta de jeter son influence au milieu des partis et courut à Trèves pour demander à Maxime la grâce de plusieurs personnes que leur attachement à Gratien avait fait condamner à mort. A la cour de Trèves se trouvait avec lui saint Ambroise, une des gloires aussi du IV° siècle ; et comme le grand évêque de Milan, il se respecta trop pour s’abaisser, même devant l’empereur, à de viles adulations indignes de l’élévation de son caractère et de la majesté épiscopale. Montrant au contraire sans ostentation, mais avec un courage aussi ferme que modeste, cette noble indépendance qui fait l’éternel honneur de l’épiscopat catholique, il osa même refuser longtemps l’invitation à dîner d’un prince armé de toute la puissance impériale, et ne craignit pas de dire, avec une sainte hardiesse, qu’il ne pouvait s’asseoir à la table d’un homme qui avait enlevé la couronne à son maître pour la poser sur sa tête d’usurpateur. Cette conduite lui était dictée non par une vaine opposition politique, mais par la conscience. Enfin persuadé par les protestations que lui fit Maxime de n’avoir mis la couronne sur sa tête que contraint par l’armée, il se rendit et accepta l’invitation. Le prince attachait tant de prix à cette démarche, qu’il fit éclater sa joie en célébrant ce jour-là, comme un jour de fête, par un banquet auquel il invita tous les grands de sa cour ; et pour montrer combien il honorait, lui empereur, un pauvre évêque, il le fit placer à côté de lui et mit le prêtre qui l’accompagnait entre deux des plus hauts personnages invités au festin. Que Maxime fût dirigé par la politique autant ou plus que par les sentiments religieux, c’est possible : mais il n’en rendait pas moins hommage à la haute influence de l’autorité spirituelle et à la sainteté. L’épiscopat était dès lors une puissance morale avec laquelle il fallait compter. Un officier ayant présenté selon l’usage la coupe à Maxime, celui-ci ordonna de l’offrir d’abord à Martin, de la main duquel il pensait la recevoir ; mais le saint pontife la fit passer immédiatement à son prêtre, comme à la personne la plus digne de l’assemblée. On aime à voir comme ces grands évêques savaient soutenir devant les puissances de la terre la dignité suréminente devant Dieu du caractère sacerdotal. A






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cette époque malheureuse où dominait presque exclusivement la force brutale, ils ne manquaient pas de saisir toutes les occasions d’implanter fortement dans le monde ce principe si nécessaire, et pourtant alors encore sii nouveau, qu’en dehors de la puissance qui manie le glaive et règne sur les corps, il y a cette puissance d’un ordre supérieur qui gouverne les âmes. Quelle haute et salutaire influence, quel respect précurseur de la civilisation prochaine des barbares, les lumières et les vertus de l’épiscopat avaient déjà conquis à l’Eglise pour le bien et la transformation de la vieille société romaine !

                        L’impératrice était restée pendant le repas assise aux pieds de Martin, recueillant avec une pieuse avidité toutes les paroles qui sortaient de la bouche d’un homme si célèbre et si saint ; mais elle ne se contenta pas de cette seule entrevue, elle voulut aussi l’avoir à sa table, et l’empereur devait encore honorer le festin de sa présence. L’homme de Dieu, insensible même aux plus grandes faveurs humaines, n’accepta cette nouvelle invitation qu’après avoir fait les plus grandes difficultés. Et malgré ses soixante-dix ans, malgré ses cheveux blanchis dans les travaux de l’apostolat et les austérités de la pénitence, pour l’engager à violer, même dans cette circonstance pourtant bien exceptionnelle, la loi qu’il s’était imposée de ne conserver avec aucune femme sans une nécessité véritable, il ne fallut rien moins que la loi plus impérieuse encore de la charité. Il avait, en effet, à demander et il espérait obtenir, en acquiesçant au désir si vif, aux sollicitations si pressantes de la princesse, la grâce de plusieurs prisonniers, le rappel d’un grand nombre d’exilés et la restitution de biens confisqués injustement. C’est dans ce repas qu’on vit avec étonnement une impératrice, abaissant devant la sainteté la hauteur du rang suprême, servir à table un humble évêque de ses propres mains.

                        Cependant un intérêt plus grand encore avait appelé et retenait Martin à la cour de Trèves : l’honneur et la discipline de l’Eglise, non moins que la foi, se trouvaient engagés dans l’affaire des Priscillianistes. Ithace et quelques évêques d’Espagne, égarés par un zèle excessif et déréglés, auquel se mêlait la passion d’une haine personnelle, ne se contentaient pas de condamner et de proscrire l’erreur. Ils poursuivaient criminellement les hérétiques eux-mêmes et étaient allés à Trèves pour solliciter contre eux, auprès de Maxime, un arrêt de mort : oubliant que l’Eglise, nécessairement intolérante comme la vérité à l’égard du mensonge, ennemie toujours impitoyable des mauvaises doctrines, mais jamais des personnes, a toujours eu en horreur l’effusion du sang et ne souffre pas que le clergé prenne part à de semblables procédures. Par bonheur, les deux grands évêques de Tours et de Milan étaient là. Ils montrèrent, en refusant de communiquer avec les Ithaciens, combien l’épiscopat qu’ils représentaient si dignement à la cour  abhorrait la conduite des haineux et violents Espagnols. Ils firent plus encore. Jetant entre Ithace et Maxime leur charité, leur haute influence et le véritable esprit ecclésiastique, ils empêchèrent l’empereur déjà ébranlé de céder aux obsessions d’un zèle faux et amer : heureux d’épargner une tache de sang à la blanche robe de l’Epouse de Jésus-Christ. Mais à peine notre Saint eut-il quitté Trèves, que Maxime se laissant circonvenir de nouveau, et vaincu par des instances fallacieuses et obstinées qui n’avaient plus de contrepoids, condamna plusieurs Priscillianistes à mort. La sentence fut impitoyablement exécutée.

                        A cette nouvelle, Martin, dont la charité était infatigable, vola de nouveau à Trèves pour sauver la vie non seulement aux hérétiques, mais encore à plusieurs personnes compromises dans la dernière révolution. Il voulait surtout empêcher l’envoi d’une commission militaire en Espagne. Les Ithaciens alarmés de l »’ascendant que le grand évêque gaulois avait à la cour, et furieux de son refus obstiné de communiquer  avec eux, le prévinrent et le noircirent si bien auprès de l’empereur, que ce prince ne voulut rien lui accorder et alla même, dans un mouvement de colère, jusqu’à le chasser de sa présence, ordonnant en même temps de mettre à mort ceux dont le saint pontife venait demander la grâce, entre autres le comte Narcès. Que va faire l’apôtre de la charité poussé à bout ? Surmontant toute répugnance et toute crainte, il retourne auprès de l’empereur et promet de communiquer avec cet hommes souillés de sang dont il avait horreur, si l’on voulait faire grâce aux condamnés et rappeler la commission militaire envoyée au-delà des Pyrénées. Il obtint sa demande à ce prix, et consentit à se trouver le lendemain avec les Ithaciens au sacre de Félix qui venait d’être nommé évêque de Trèves ; mais il refusa de signer le procès-verbal  et se hâta de retourner aussitôt après dans son diocèse, priant Dieu pour ses ennemis et le conjurant, pour l’honneur de l’Eglise, de changer le cœur des hérétiques et de leurs violents persécuteurs. Il partait sans avoir obtenu tout ce qu’il désirait : au moins avait-il épargné quelques gouttes de sang.

 

                        Mais le sacrifice qu’il venait de faire, le plus pénible que lui eût encore imposé la charité, pesait sur sa conscience presque comme un remords, tant sa grande âme avait à la fois d’élévation et de délicatesse ! Elle semblait être encore toute ébranlée, toute troublée de la lutte sublime qui s’y était engagée entre la charité et l’honneur de l’Eglise. Chemin faisant, le saint vieillard, le cœur plongé dans l’amertume d’une triste perplexité et les pleins de larmes, se reprochait sa condescendance comme une faiblesse, et sentait le besoin d’épancher sa douleur et son trouble dans le sein de Dieu. Arrivé dans un bois




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près d’Andethanna ( aujourd’hui Echernach Luxembourg), il se mit en prière. Le divin Maître eut pitié de son fidèle serviteur gémissant et humilié devant lui, et envoya un ange qui le consola en ces motos : « Ta condescendance aurait pu être criminelle, mais la charité l’a rendue excusable ; cesse de craindre ». rassuré par ces paroles du ciel, Martin continua sa route avec plus de calme ; mais il ne se pardonna jamais ce qu’il appelait une faute et redoubla, pour l’expier, ses prières, ses veilles, ses austérités, sans cesser néanmoins ses courses apostoliques. Dieu le récompensa de cet accroissement de vertu en redoublant à proportion les faveurs signalées dont il l’avait comblé jusque-là : révélations, visions, communications intimes de toute espèces avec le ciel, discernement extraordinaire, don des miracles. Il augmentait ainsi de plus en plus l’éclat de sa réputation aux yeux des peuples et donnait toujours une nouvelle autorité à sa parole, une nouvelle sanction à ses œuvres et de nouveaux succès aux travaux de son zèle.

                        Ses diocésains le regardaient, l’aimaient, le vénéraient comme leur père, comme leur ange tutélaire,  comme un homme élevé presque au-dessus de la nature humaine, et les étrangers accouraient de loin à Tours pour consulter en lui l’oracle des Gaules. On cite entre autres un écrivain non moins remarquable par ses ta&lents que par sa piété, Sulpice-Sévère, qui mérita le nom de Salluste chrétien et fut une des gloires littéraires de l’Eglise. Ce grand homme, après avoir renoncé au monde, alla trouver Martin pour régler avec lui les affaires de sa conscience. L’auguste vieillard le reçut avec une bonté plus que paternelle, ainsi que toutes les personnes de sa suite, voulut lui(même leur donner à laver, et, après un honnête mais frugal repas, les entretint de choses spirituelles, du mépris des plaisirs, des vanités du monde et de tout ce qui s’oppose à notre union intime avec Dieu. Le soir, il lava encore des ses propres mains les pieds à ses hôtes. Quelle humilité ! Quelle charité ! quelle touchante reproduction des exemples du Sauveur !

                        Nous devons à Sulpice-Sévère, cet illustre hôte et disciple de saint Martin, de précieux détails sur la vie de son maître dont il a écrit l’histoire pour payer une dette d’admiration, de reconnaissance et d’amour. « Ce grand Saint », dit-il, « avait une pénétration merveilleuse » ; chez lui le bon sens s’élevait jusqu’à la hauteur du génie. Ses discours, bien qu’il ne fût pas très versé dans les lettres humaines, étaient clairs et méthodiques, pleins à la fois de force, d’énergie et d’onction pénétrante. Il parlait avec un ton inimitable de gravité, de simplicité noble et paternelle et de persuasive douceur. Comme le nom de Jésus-Christ était toujours sur ses lèvres et dans son cœur, sa piété était affectueuse, et la charité la plus pure, des intentions surnaturelles, animaient tous ses sentiments, toutes ses pensées, toutes ses actions, toutes ses paroles. Jamais aucune passion naturelle ne put troubler le calme céleste de son âme, et jamais le zèle, quelque ardent qu’il fût en lui, ne connut la moindre irritation, n’eut la moindre amertume. Comme tous les Saints, doux et indulgent pour les autres, il n’était sévère que pour lui-même. Souvent il passait les nuits dans le travail et dans la prière ; et quand la nature succombait, quand la nécessité le forçait à prendre un peu de repos, une natte ou un cilice étendu sur le plancher lui servait de couche, et sa tête reposait sur un peu d’herbes fanées ou sur une pierre. Aussi vivait-il comme un ange exilé sur la terre, et ne perdait-il jamais de vue la présence de Dieu. Tout lui fournissait une occasion d’élever son  âme au ciel et d’y porter les pensées des autres. -  Un jour à la vue d’une brebis à qui on venait d’enlever sa toison, il dit à ceux qui l’accompagnaient : « Cette brebis accomplit parfaitement le précepte de l’Evangile, car elle avait deux habits et elle en a cédé un à celui qui n’en avait pas. Faisons de même ». il avait déjà donné l’exemple ; nous verrons tout à l’heure qu’il le donnera encore. – A la vue d’un homme couvert de haillons qui gardait les pourceaux : « Voilà bien », dit-il, « Adam chassé du paradis terrestre. Ah ! combien il importe de nous dépouiller du vieil homme pour nous revêtir du nouveau ! » -  une autre fois, comme il se trouvait sur les bords d’une rivière où des oiseaux pêcheurs cherchaient à prendre des poissons : « Vous voyez », dit-il aux personnes qui étaient avec lui, « l’image des ennemis de notre salut. C’est ainsi qu’ils sont en embuscade pour ravir nos âmes ». – A la vue d’une prairie dont une partie était ravagée par des pourceaux, une autre fauchée et une troisième tout émaillée de fleurs, il dit à ceux qui l’accompagnaient : « Vous voyer ici l’image du vice impur ; là, l’image du mariage ; et ces fleurs si belles et si fraîches vous représentent l’aimable virginité ».  

                        Sa charité pour les pauvres et pour tous ceux qui souffrent était vraiment extraordinaire. Cette vertu éminemment évangélique, qui avait brillé en lui d’un si vif éclat  lorsqu’il n’était encore que catéchumène, ne fit que s’accroître de jour en jour. Le soulagement des besoins d’autrui était, avec le salut des âmes, sa grande préoccupation. Ainsi, dès qu’il se rendait à l’église, tous les infirmes, tous les nécessiteux qui savaient bien que si le bon pasteur recevait quelque offrande c’était à eux qu’il les destinait, ne manquaient jamais d’accourir en foule sur ses pas. Un jour, comme il allait à l’office par un temps d’hiver, un pauvre demi nu se présente à lui, demandant l’aumône d’un vêtement. Aussitôt il appelle l’archidiacre, lui recommande vivement le pauvre tout transi, puis entre dans une cellule secrète






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de la sacristie où il prie, profondément recueilli, sur une simple petite sellette à trois pieds, pendant que le clergé, dans une salle voisine appelée diaconie ou paratoire, vaque aux salutations et aux audiences. Cependant le pauvre, à qui on différait de donner le vêtement promis, arrive à l’improviste jusqu’auprès du saint évêque, se plaignant de l’archidiacre et du froid. Martin alors se retire dans un coin où il ne peut être vu, ôte sa tunique que recouvrait un large vêtement nommé amphibale, et ne le partageant point comme autrefois son manteau, la donne tout entière au mendiant, le fait retirer sans bruit et se remet tranquillement en oraison pour continuer sa préparation au saint sacrifice. Cependant l’archidiacre vient lui dire que le peuple attend la célébration de l’office solennel. «  Il faut auparavant que le pauvre soit vêtu » , répondit le saint. L’archidiacre, qui le voyait couvert de l’amphi bale, ne soupçonnant pas qu’il fût sans tunique et qu’il parlât de lui-même, s’impatientait de ne point voir paraître de pauvre. « Apportez la robe du pauvre : il faut qu’il soit vêtu », répétait toujours le vénérable prélat. N’y comprenant rien, poussé à bout et de mauvaise humeur, le clerc court aux boutiques voisines, prend au hasard, pour cinq deniers, une misérable cape à longs poils et la jette brusquement aux pieds du Saint, en disant d’un ton aigre : « Voilà l’habit ; mais de pauvre, il n’y en a point ici ».   Martin la ramasse et s’en couvre à l’écart en toute hâte. Il jette sur cette cape rude et grossière, qui lui couvre à peine les épaules, l’étole éclatante d’or et d’argent, et s’en va les bras demi nus célébrer l’auguste sacrifice. Alors chose merveilleuse ! continue Sulpice-Sévère, nous vîmes, au moment de la grande bénédiction de l’autel, jaillir de son cher un globe de feu qui s’épandait en haut, relevait sa taille et formait comme une chevelure de flamme. Des pierreries étincelaient sur ses bras nus, ajoute Fortunat, et l’émeraude suppléait aux manches trop courtes de la pauvre tunique. Ce miraculeux éclat demeura en quelque sorte attaché à l’humble vêtement, qui passa de bonne heure entre les mains de nos rois et fut par eux déposé dans l’oratoire du palais. Cet oratoire pris le nom de petite cape ou capella. De là le nom de chapelle.

                        Cependant Martin avait atteint sa quatre-vingt-quatrième année, et la défaillance de l’âge n’avait ni ralenti son activité, ni diminué l’ardeur de son zèle. Il se rendit encore à Candes, près du confluent de la vienne et de la Loire, aux extrêmes confins de son diocèse, pour arranger une affaire contentieuse concernant le clergé de cette paroisse. Ce fut le dernier actes de son ministère. Dieu voulut enfin récompenser tant de travaux, de vertus et de mérites : il appela au ciel l’ange de l’Eglise de Tours. Au moment où le saint vieillard se préparait à rentrer dans sa ville épiscopale, il tomba malade et perdit tout à coup le peu de force qui lui restait. Sentant approcher sa fin, il fit appeler ses disciples et leur dit avec une tendresse paternelle empreinte de la solennité de l’heure suprême, que le moment de sa mort était arrivé. Aussitôt tous éclatent en sanglots et s’écrièrent : « O notre père, quoi ! vous abandonnez vos enfants ! Et qui donc prendra soin de nous désormais ? Nous avons le désir ardent que vous avez d’être réuni à Jésus-Christ ; mais par amour pour nous, ah ! demandez que votre récompense soit différée. Aussi bien vous ne pouvez la perdre » Le saint, dont le cœur était aussi tendre que large, se sentit tout ému, et mêlant ses larmes aux larmes de ceux qui l’appelaient leur père et qu’il aimait comme ses enfants, fit à Dieu cette prière : «  Seigneur, si je puis encore être utile à votre peuple, je ne refuse point le travail ; que votre volonté soit faite ». Prière aussi humble que sublime, prière héroïque dans la bouche de ce grand Saint qui voyait déjà le ciel ouvert et la couronne suspendue sur sa tête. Dieu eut la bonté de ne pas l’exaucer. Les hommes ordinaires peuvent offrir à Dieu en sacrifice le bonheur de vivre encore de cette vie périssable de la terre ; mais les hommes célestes, comme l’apôtre des Gaules et avant lui l’Apôtre des gentils, poussent, s’il le faut, le dévouement pour le salut des âmes jusqu’à lui sacrifier tout, même le bonheur de mourir auquel ils aspirent pour commencer à vivre de la vie éternelle des cieux : desiderium habens dissolvi et esse cum Christo, permanere autem propter vos. Le prince des pasteurs se contenta de cette disposition de son fidèle ministre à se dévouer encore en acceptant de sa volonté souveraine, même au moment d’entrer dans le repos, les pénibles travaux de la vie aussi bien que les douceurs de la mort : Vivere Christus est et mori lucrum. Le mal en effet ne fit qu’augmenter. On vit bien que le jour de la récompense était irrévocablement fixé ; et déjà l’âme du Saint n’était plus sur la terre. Aussi, malgré les ardeurs de la fièvre brûlante qui le consumait, il ne cessa de prier pendant les longues heures d’une nuit sans sommeil, la dernière qu’il passa sur la terre. Le corps, qui pour lui avait toujours été  si peu de chose, n’était plus rien alors, rien q’un instrument usé et hors de service, une vile dépouille qu’il allait laisser pour prendre le vêtement de la lumière immortelle. C’est pourquoi il ne voulut pas d’autre lit que la cendre. « le chrétien », disait-il à ses disciples qui voulaient mettre au moins un peu de paille sous ses membres défaillants, « le chrétien doit mourir ainsi. Malheur à moi, si je vous donnais un autre exemple ! » Uniquement occupé du ciel vers lequel ses mains et ses yeux étaient constamment élevés, il restait immobile dans le recueillement de la prière, dans le ravissement de l’extase. Et comme on lui proposait de le tourner sur le côté pour lui procurer quelque soulagement : « Mes frères bien-aimés », dit-il avec douceur, souffrez que je regarde le ciel plutôt que la terre, afin que mon âme se dispose mieux à prendre son essor vers le Seigneur » . Croyant voir


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près de lui le démon qui cherchait à l’effrayer : « Qu’attends-tu là, bête cruelle ? il n’y a rien en moi qui t’appartienne, et déjà le sein d’Abraham est ouvert pour me recevoir ». Ce furent les dernières paroles qu’il prononça. Un instant après son âme s’envolait dans la célèbre patrie et signalait à jamais, par son entrée dans la gloire, ce jour du 11 novembre à la mémoire et à la vénération des peuples (l’an 400)  (

quelques auteurs prétendent que le 11 novembre n’est pas le jour de la mort de saint Martin, mais celui de la translation de son corps à Tours. Ils mettent sa mort au 8 novembre de l’an 397 et ne le font vivre par conséquent que quatre-vingt-un ans  au lieu de quatre-vingt-quatre.) Aussitôt qu’il eut expiré, les épines de la pénitence semblèrent se changer en roses : son visage exténué par les austérités parut fleuri, et son teint devint vermeil comme celui d’un enfant.

                        Au diocèse de Nevers, l’église de Clamecy, ancienne collégiale, placée sous le patronage de saint Martin, présente dans son portail, reconstruit au commencement du XVI° siècle, une des plus belle page iconographiques consacrées à reproduire l’histoire de ce Saint. Zen voici les principaux sujets : 1° Saint Martin, catéchumène, partageant son manteau avec un pauvre ; 2° le Sauveur lui apparaît la nuit suivante ; 3° baptême de saint Martin ; 4° ordination de saint Martin, il est à genoux devant un évêque accompagné de deux clercs ; 5° saint Martin reçoit  l’onction pontificale ; 6° le saint guérit un lépreux en l’embrassant ; 7° messe de saint Martin, Brice le sert à l’autel, deux femmes causent pendant le saint sacrifice, le diable, dans un coin, écrit sur une banderole leur conversation ; 8° tentation de saint Martin ; il descend un escalier sur lequel le diable a répandu des noix ; Satan, caché sous l’escalier et armé d’un croc, cherche à le faire tomber, mais un ange le soutient ; 9° un globe de feu s’élève sur l’autel pendant que saint Martin célèbre, des anges environnent l’autel ; 10° saint Martin impose les mains à des idolâtres qu’il a convertis ; 11° derniers moments de saint Martin ; il est couché dans un lit, personnages qui l’entourent, le diable se retire ; 12° mort de saint Martin ; il est couché avec la mitre en tête, et un cierge à la main, qu’un des assistants soutient ; le diable se retire en grimaçant, deux anges reçoivent son âme dans un linge, et la portent à un personnage couronné (Jésus-Christ) ; 13° corps de saint Martin déposé dans une barque ; parmi les personnes qui l’accompagnent est un évêque.

CULTE ET RELIQUES

            La mort ne fit qu’accroître la vénération publique qui depuis longtemps était acquise au grand évêque. On le pleurait comme un père, mais on l’invoquait comme un intercesseur puissant auprès du souverain maître ; et tous les lieux où il déploya son zèle, où il fit admirer ses vertus et qu’il illustra par un miracle, auraient voulu posséder ses précieux restes. Les habitants de Poitiers et ceux de Tours se disputèrent la dépouille mortelle de l’ange terrestre qui venait de s’envoler au ciel. Ces derniers, après l’avoir enlevé vivant au diocèse de Poitiers pour en faire leur évêque, furent encore obligés de l’enlever mort pour le transporter dans leur ville. Le convoi funèbre fut une véritable pompe triomphale et telle qu’on n’en vit jamais. Les populations qui accouraient de toutes parts en nombre prodigieux formèrent sur la route un cortège immense. On en peut juger par le chiffre seul des moines ou clercs : ils étaient là plus de deux mille, mêlant leurs gémissements au chant des hymnes et des psaumes. Un chœur nombreux de vierges consacrées au Seigneur les suivait en bel ordre.

                Les pèlerins ne cessèrent depuis d’affluer à son tombeau célèbre et vénéré comme celui des Apôtres. Les rois y envoyèrent de magnifiques offrandes ; les coupables, les malheureux, les persécutés y trouvèrent le plus inviolable asile. En son honneur, la ville de Tours fut déclarée exempte d’impôts. De nombreux miracles ou plutôt des miracles sans nombre ne cessèrent de confirmer la foi, la confiance des peuples et le culte rendu à la mémoire d’une vie qui n’avait été elle-même qu’un long miracle de vertu et de dévouement surhumain. Bientôt les pèlerins se rendirent à Tours comme à Saint-Jacques, à Rome ou à Jérusalem, et l’affluence devint telle qu’on fut obligé de construire deux grands hôpitaux près de l’église dépositaire des saintes reliques.

                Un des faits qui contribuèrent le plus à étendre la célébrité de ce lieu vénérable, fut la mort des Sept Dormants. Ces cousins de saint Martin étaient venus, dit-on, de Panonie à Tours pour se mettre sous sa direction. Depuis son passage à une vie meilleure, le bienheureux leur avait souvent apparu pour les fortifier et les consoler de son absence. Une année, la nuit qui suivit sa fête, il se montra une dernière fois à eux dans l’église et leur dit : « Demain, de grand matin, appeler ici l’abbé Aichard ; faites-lui connaître toute votre vie en confessant tous vos péchés, et recommandez-lui  de ma part de célébrer une messe en l’honneur de la sainte Trinité où il fera mention de moi et des Saints dont les reliques sont enfermées dans cet autel que j’ai consacré. Qu’il prépare et offre des hosties pour chacun de vous ; et, quand elles seront consacrées, vous communierez tous. Après avoir reçu le saint viatique du corps et du sang de Jésus-Christ, vous vous prosternerez en prière. Alors vous passerez de cette vie à l’autre, exemple des douleurs de la mort, comme vous avez été exempt de la corruption de la chair. Vous serez accueillis par les anges et par moi et conduits au ciel, où nous vous présenterons au tribunal du souverain juge ». Tout s’accomplit selon la promesse du Bienheureux. Telle est la fin de la gracieuse histoire des Sept Dormants de Marmoutier, ainsi nommés parce que leur mort parut être un paisible sommeil.

                Le culte du grand évêque de Tours se répandit bientôt, non seulement dans toutes les provinces des Gaules, mais encore dans toutes les contrées de l’Europe. L’Angleterre fut une des premières à l’adopter. Dès le milieu du v° siècle, on vit s’élever près de Cantorbéry, sous le vocable se saint Martin, une église qui peut être considérée comme la mère de toutes les églises de cette île fameuse ;  car c’est là que le saint moine Augustin commença son apostolat. Vers le même temps, Rome et le mont Cassin eurent aussi leur église de saint Martin. La religieuse Espagne ne resta pas en arrière des autres pays de la chrétienté. Dès la fin du v° siècle on y voyait plusieurs églises en l’honneur de l’illustre évêque de Tours, entre autre celle qui fut édifiée par Carraric, roi de Gallice, prince arien qui se convertit après avoir obtenu par l’intercession de saint Martin la guérison de son fils, et envoya à Tours un poids d’argent égal à celui du corps de l’enfant. Miron, successeur de Carraric, hérita de sa reconnaissance et de sa piété envers saint Martin. La reine surtout avait en l’homme de Dieu une confiance extraordinaire qui lui valut la résurrection de son fils. Grégoire de Tours qui raconte ce fait, le tenait de la bouche même des ambassadeurs que Miron avait envoyés à Chilpéric.

                               La vénération des fidèles pour ce grand Saint, le prodige de son siècle, n’a été ni locale ni éphémère ; elle a rempli tout l’Occident, elle a traversé tous les siècles. D’innombrables églises ont dédiées sous son invocation. En France seulement on en compte plus de quatre mille. Dans le diocèse d’Autun, un de ceux, il est vrai, où il signala davantage son zèle d’apôtre et ses pouvoir auprès de Dieu, il y a plus de cinquante paroisses qui le reconnaissent pour leur patron. Dans celui de Beauvais, il y a cent quatorze oratoires ou églises qui s’honorent de son patronage. Les rois francs mirent leur royaume sous sa protection ; et la relique la plus vénérée de leur chapelle, celle sur laquelle ils faisaient prêter à leurs vassaux le serment de

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fidélité, était la cappe grossière qu’avait porté le saint évêque de Tours. Charlemagne, voulant reposer à l’ombre de cette humble tunique, la transféra dans la ville où il établit sa résidence, et l’ancienne capitale du grand empire Carolingien, qui a tiré de capella (diminutif de cappa) son nom d’Aix la Chapelle, est plus fière de cette pauvre dépouille de saint Martin que du nom de son Charlemagne. Mais personne n’honora plus la mémoire de l’évêque de Tours que Brunehaut, qui éleva sur le sol même où le saint avait renversé l’idole de Saron au péril de sa vie, un pieux et magnifique monument qui jusqu’à nos jours malheureux s’appela l’abbaye de Saint-Martin. (nous avons décrit cette abbaye dans la vie de saint Syagre, évêque d’Autun au 27 août tome X, page 252,253.)

                Le culte de saint Martin, déjà très répandu, s’ »étendit encore dans l’Auxerrois, par suite du séjour de son corps à Auxerre. On comptait dans ce diocèse, avant sa suppression, plus de vingt paroisses qui lui étaient dédiées. Dans le diocèse actuel de Nevers 36 églises l’honore aujourd’hui comme saint patron.

                Le nombre considérable de paroisses placées soue le patronage se saint Martin suffirait pour prouver combien son culte est étendu dans le diocèse de Nevers, et nous avons cependant fait aucunement mention des chapelles qui portent son nom. Une des plus anciennes était celle du Beuvray, sur les ruines de laquelle a été élevée une croix votée par le congrès archéologique de Nevers, en 1851. non loin de cette chapelle coule une eau pure sortant de la Fontaine de Saint-Martin. On voit aussi, dans la paroisse de Marzy, sur les bords de la Loire, des ruines d’une chapelle fort ancienne dédiée au Saint.

                A deux kilomètres de Montigny-sur-Canne, se voit un énorme caillou, vers lequel les populations du voisinage se rendent et invoquent Saint-Martin ; on s’y rend principalement pour obtenir la guérison des fièvres. L’origine de cette dévotion populaire remonte sans doute à la mission de saint Martin dans le Morvan. Ce roc grossier aura été primitivement une pierre druidique ; en y plantant une croix, saint Martin aura fait un monument chrétien.

                Le corps de saint Martin fut déposé à six cents pas environ au-dessous de la ville de Tours, telle qu’elle existait alors dans un lieu qui, suivant Alcius, faisait partie de l’ancien cimetière des chrétiens où saint Gratien avait d’abord été enterré. Saint Brice, son successeur, bâtit une petite église sur le tombeau du Saint. Elle fut dédiée d’abord sous l’invocation de saint Etienne, suivant l’usage des premiers siècles, de ne consacrer des temples qu’à la mémoire des Martyrs, et la tradition s’en conservait encore par l’inscription qui était au-dessus d’un autel  adossé au tombeau de Saint Martin. Mais le nom de ce célèbre thaumaturge ne tarda pas à prévaloir parmi les fidèles qui venaient de toutes parts le vénérer. Bientôt l’église ne parut plus assez grande pour les contenir, et, en 472, saint Perpet, sixième évêque de Tours, en fit bâtir une plus vaste dans le même emplacement et y fonda l’entretien d’une lampe ; ce qui donna lieu à une translation des reliques du saint évêque. En 461, les treize évêques assemblés au premier concile de Tours, rendirent à la mémoire de saint Martin des honneurs solennels, mais ils ne touchèrent point à son corps.

                On bâtit une ville particulière autour de l’église de Saint-Martin. Elle a eu longtemps son enceinte particulière ; les tours et une partie des murs existent encore. On l’appela Martinopole ou ville de Saint-Martin , puis Châteauneuf, lorsqu’on y eut élevé une forteresse. Il y avait environ six cents pas de distance entre Tours et la ville de Saint-Martin, lesquelles se sont rapprochées par le laps du temps.

                La garde des reliques de saint Martin fut confiée dès lors à un nombre choisi de ses disciples, qui secondaient la piété publique par le sacrifice et la prière. Ils s’occupaient aussi à transcrire des livres propres à les bien instruire de la religion ; ils travaillaient à leur sanctification ainsi qu’à celle du prochain ; ils vivaient en commun sous l’autorité des évêques, qui leur permirent dans la suite d’avoir des chefs particuliers.

                La première translation des reliques de saint Martin, fut faite, comme nous l’avons dit, par saint Perpet le 4 juillet, jour auquel on en fait la mémoire sons le rite double-majeur ainsi que de l’ordination du saint. En 853, lors de l’invasion des Normands, on prit le parti d’enlever le précieux dépôt ; il fut d’abord caché, non loin de là, dans le monastère de Comery, sur la position duquel on comptait contre toutes les attaques.  Bientôt, néanmoins, on crut qu’il serait mieux en sûreté à Orléans, puis à Saint Benoît sur Loire ; de là on le transporta à Chablis, en Bourgogne, et enfin a Auxerre en 856. toutes ces stations furent favorisées de miracles que le Saint semblait se plaire à prodiguer après sa mort comme il avait fait pendant sa vie. Cependant les Tourangeaux, après un long espace de trente et un ans, voyant la France plus tranquille, réclamèrent leur trésor, qui leur fut rendu et reprit possession de son ancienne demeure au milieu d’un magnifique concours d’évêques, de clercs et d’une immense population, le 13 décembre 887.

                Le corps du pontife resta entier et parfaitement conservé jusqu’au règne de Charles le Bel ; mais en 1323, ce prince en vertu d’une bulle du pape Jean XXII, en fit séparer le chef, devant un grand nombre d’évêques, et l’exposa, dans un buste d’or, à la vénération des fidèles. Près d’un siècle plus tard, il fut renfermé dans une châsse d’or du plus magnifique travail, et exposé sur une estrade d’argent placée sous la coupole. L’on mit à côté le buste renfermant la tête du Saint. Son tombeau n’en demeura pas moins l’objet de la vénération universelle. Des lampes d’un grand prix y brûlaient jour et nuit. Une grille en fer l’entoura d’abord, et plus tard un treillis en argent, don de piété de Louis XI. Ce monarque y plaça sa propre statue aussi en argent, de grandeur naturelle, et dans l’attitude de la prière.

                Les Calvinistes, au mois de mai 1562, pillèrent la châsse de saint Martin et brûlèrent ses reliques. On sauva cependant l’os d’un de ses bras et une partie de son crâne, qui sont restés jusqu’à la Révolution française dans la même église. Sauvés de la profanation à cette époque, ces restes précieux furent mis et sont encore dans la cathédrale de Tours, car l’antique église de Saint Martin fut détruite dans ces temps sacrilèges et barbares. Ses voûtes furent renversées en 1798 ; et un préfet, dont le nom passera à la postérité, Pommereul, la fit  détruire de fond en comble quelques années plus tard. L’espace quelle occupait est aujourd’hui une rue. Deux tours seules restent debout : celle de Charlemagne et celle du Nord. Mgr. Guibert, renouvelant les prodiges de la foi et d’art de moyen âge, fit un appel à l’univers catholique, dans le but de racheter ce sol sacré, et de refaire ce monument si cher aux amis des arts, de la patrie et de la religion.

                Avant la dispersion des reliques de saint Martin par les Calvinistes, en 1562, plusieurs églises en avaient obtenu de petites portions. Il y en avait une au prieuré de Saint-Martin des Champs, à Paris. Des religieux de cette maison, transformée aujourd’hui en Conservatoire des arts et métiers, voulurent, lorsqu’ils furent expulsés en 1792 , conserver cette relique, qui était un os du bras. Le tribunal révolutionnaire, auquel on les dénonça, les condamna à mort, au nombre de trois, comme fanatique, le 29 mars 1794. c’étaient les Pères Courtin, prieur, Mettre, ancien maître des novices, et Adam. Le Père Courtin était âgé de soixante-dix-neuf ans.

                L’église paroissiale de Montmorency, près de Paris, possède aussi un os du bras du saint évêque de Tours. Ligugé, près de Poitiers, où Saint Martin établit son premier monastère, obtint en 1822, de M. du Chilleau, archevêque de Tours, une parcelle des reliques du même Saint. On voyait deux de ses  dents à Saint-Martin de Tournai.

                La cathédrale de Salzbourg possède des ossements de saint Martin, sous le troisième autel, du côté de l’épître.

                Il u a, dans l’église Saint-Gengoult, à Toul un fragment d’os, qui paraît être une clavicule, provenant de l’ancien trésor de la cathédrale de cette ville, lequel, avant la Révolution possédait une relique plus considérable de saint Martin.

                La cathédrale de Tours, bâtie par notre Saint, fut dédiée sous l’invocation de saint Maurice. Elle porte le nom de Saint Gatien depuis 1096. l’évêché de Tours a été suffragant de Rouen, jusqu’à ce qu’il ait été érigé en métropole.

                L’église de Poitiers célèbre la fête de saint Martin le 11 novembre, sous le rite double de deuxième classe, avec octave.

                A quelques pas de l’église paroissiale et abbatiale de Ligugé, dédiée à saint Martin, les pèlerins visitent pieusement un oratoire construit sur l’emplacement d’une cellule dans laquelle le Saint ressuscita un catéchumène mort depuis plusieurs jours.



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avons tiré cette biographie, de l’Histoire de saint Symphorien, par M. l’abbé Dinet ; des vies des Saints du Poitou, par Ch. De Chergé ; des vieis es Saints de l’Eglise de Poitiers, par Mgr Crosnier ; de l’Histoire de l’Eglise du Mans, par Dom Piolin ; de l’Histoire de l’Eglise ; de Dom Ceillier ; de Sulpice-Cévère ;; de Grégoire de Tours.)

ce temple était consacré aux divinités de la guerre, aux déesses Maires, aux fées, à Flore, la déesse du Beuvray)  Les anciennes assemblées gauloises qui se tenaient sur cette même montagne furent continuées et représentées par ce grand concours de fidèles, allant chaque année invoquer le grand évêque dans les lieux sanctifiés par sa présence et pleins de sa mémoire.   

 

 

(Dans le diocèse du Mans : 51 églises sont sous le vocable de Saint Martin

Plus trois églises sous le vocable de St Martin de Vertou. Ordo1985)

Remerciements au Père Michel Housseau pour la documentation extraite du livre les Petits Bollandistes (traduction 1876)

 

 

Martin d'Arades (+ 726)

Martin de Braga
Evêque de Braga, au Portugal (+ 580)

Martin de Brive (+ 407)

Martin de Porres
Frère prêcheur à Lima (+ 1639)

Martin de Saujon
prêtre et abbé de Saujon en Saintonge (+ v. 400)

Martin de Tours Evêque (+ 397)

Martin des Ormeaux
Evêque du Tricastin (7ème s.)

Martin et Melchior martyrs (+ 1632)

Martin Ier
Pape (74 ème) de 649 à 656 et martyr (+ 656)

Martin Manuel Prêtre et martyr (+ 1147)

Réf :  Cef.fr     Nominis

  

Approche médicale

des guérisons miraculeuses

attribuées à Saint Martin

par le Docteur Jean MOREAU, Président Honoraire de la Société Archéologique de Touraine

CONCLUSION

Cette analyse des guérisons miraculeuses attribuées à saint Martin n'est pas sans reproche. Elle ne peut avoir de bases solides étant donné l'insuffisance des renseignements médicaux. Les symptômes décrits, les circonstances d'apparition, permettent une orientation. L'ancienneté de la maladie et la soudaineté de la guérison sont souvent des arguments favorables à la reconnaissance du miracle. Mais l'ignorance scientifique d'alors et la subjectivité des narrateurs ne facilitent pas notre jugement ou, plus simplement, notre appréciation.

Certaines personnes pourront regretter une certaine méfiance que nous avons parfois manifestée. Il faut dire que les auteurs consultés affichent une foi profonde, une foi de charbonnier même, c'est-à-dire qu'ils admettent tout sans discernement. Ce qui nous paraît aujourd'hui explicable ne l'était pas forcément à leur époque. Les notions de physiologie et même d'anatomie étaient plus que rudimentaires. Il faut donc excuser ces historiens de leur ignorance médicale, mais c'est pourquoi aussi, il y avait lieu de corriger certaines erreurs évidentes.

Quant aux répercussions psychosomatiques, relevées à plusieurs reprises, qui nous ont fait récuser l'intervention miraculeuse, ce n'est pas une position personnelle. La commission mixte de Lourdes adopte la même attitude pour la bonne raison que, même à la fin du XX' siècle, on n'a pas la possibilité de juger la part du psychisme dans la maladie et cette commission a pour principe de ne reconnaître que les miracles scientifiquement prouvés et dont la guérison persiste. C'est pourquoi elle ne se prononce parfois que cinq à dix ans après la survenue de la guérison. Elle tient à n'admettre que les cas certains au risque de laisser passer quelques guérisons miraculeuses.

Il faut donc le plus possible rester dans les limites de l'objectivité. Toutefois, nous ne voudrions pas conclure sur des considérations trop négatives car, à l'origine des miracles martiniens, d'après les textes de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours, un fait très important doit être dégagé, c'est l'action bénéfique de la prière. Nous l'avions déjà mentionné à propos des aveugles, guéris la plupart du temps par ce moyen seulement. Pour eux, toute guérison ne survient qu'après un temps de prière parfois très long. Quant à Héberne, il insiste, comme Grégoire de Tours, sur la nécessité de demander l'intercession de Martin avec foi et confiance. N'est-ce pas la moindre des choses! Irait-on consulter un médecin si l'on n'avait pas confiance en lui et si l'on n'avait pas l'intention d'observer ses prescriptions ?

( voir le site « Art et histoire de Ligugé) Ligugé.com

 

 

carte établie par J.M. Couderc Maître de conférence Université de Tours

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 16:17

Saint MAMERT,

Archevêque de Vienne en Dauphiné

an 477

Pape Saint Simplice

Invasion des Gaules par les Francs

                      

                       L'antiquité nous a laissé peu de détails sur la vie de saint Mamert. Mais il s'est rendu fort célèbre par l'établissement des Rogations. Ce n'est pas qu'il soit le premier auteur de ces processions saintes, que l'on fait pour attirer les bénédictions de Dieu sur les fruits de la terre; mais de son temps, elles étaient presque tombées en désuétudes, ou bien se faisaient sans dévotion. Mamert les rétablit, et, y ajoutant le jeûne à la prière, il ordonna  qu'on les ferait les trois jours qui précèdent l'Ascension. Cette pieuse réforme fut d'abord reçue de toutes les Églises de France, suivant le décret du premier Concile d'Orléans, tenu sous Clovis le Grand, et le fut ensuite de l'Eglise de Rome, par l'autorité de Léon III.

                      

                       Voici à quelle occasion saint Mamert eut cette pieuse pensée: il occupait dignement le siège archiépiscopal de Vienne, dans lequel il avait succédé à saint Simplicius, dans le milieu du V° siècle. Outre les calamités publiques  de toutes  les Gaules, qui étaient alors exposées aux irruptions des nations barbares, spécialement des Huns et des Goths, la ville et le pays de Vienne se virent affligés par des malheurs particuliers qui les menaçaient d'une désolation universelle: cette ville était souvent ébranlée par de si effroyable tremblements de terre, que ses habitants étaient contraints de l'abandonner, de peur d'être accablés sous ses ruines; d'ailleurs certains feux s'embrasaient sous terre, et, faisant fumer les montagnes et les forêts, en chassaient les cerfs, les ours, les sangliers et les autres bêtes sauvages, qui se sauvaient tout épouvantés dans les bourgs et dans les villes, où leur présence répandait la terreur. Le vigilant pasteur consola, encouragea son peuple par d'éloquents discours, il fit voir dans ces malheurs autant de coups de verges d'un père courroucé, dont il fallait implorer la clémence par la soumission et pas des prières ferventes et continuelles.

 

                       Il arriva de plus que, la nuit de Pâques, le feu prit à un édifice public de vienne, et y continua avec tant de violence, que chacun s'attendait à un embrasement général. Mamert qui avait déjà opéré des prodiges semblables, se prosterna devant l'autel, et ses larmes, ses prières, arrêtèrent l'incendie. Saint Avite dit expressément que les flammes s'éteignirent d'une manière miraculeuse (1)  (homélie de Rogat)

"avec l'autorisation et l'aimable participation de Michel Housseau"

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